L’homme économique est-il toujours rationnel ?

Ceci est une ressource. Par TES 1 / Lycée Rosa Parks / Neuville sur saône

Projet : Le bureau des idées / Mode d'emploi lycées


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L’HOMME RATIONNEL ÉCONOMIQUE: «l’homo oeconomicus»

L’homme économique est-il toujours rationnel?

L’homo œconomicus est une conception abstraite de l’être humain qui suppose que le comportement de l’individu est rationnel:

  • Il est maximisateur : il cherche à maximiser sa satisfaction (ou utilité) et à minimiser ses coûts, compte tenu de ses ressources limitées.

  • Il est cohérent : il a des préférences qu’il peut ordonner. S’il préfère A à B et B à C, alors il préfère A à C. C’est ce qu’on appelle la transitivité.

  • Il est souverain : ses préférences ne dépendent que de lui, elles ne dépendent pas de la société ou de l’histoire.

I) L’homme économique est rationnel

L’homme économique est une représentation théorique du comportement de l’être humain, qui est à la base du modèle néo-classique en économie : il est rationnel.

Gary Stanley Becker, né le 2 décembre 1930 à Pottsville, en Pennsylvanie, et mort le 3 mai 2014 à l’hôpital Northwestern de Chicago, est un économiste américain. Il est connu pour ses travaux visant à élargir le champ de l’analyse microéconomique à de nombreux comportements humains.

Selon cet économiste américain, la démarche qui caractérise l’homo oeconomicus est « applicable à tous les comportements humains, que ces comportements impliquent […] des décisions importantes ou mineures, des personnes riches ou pauvres, des adultes ou des enfants, des personnes stupides ou intelligentes, des médecins ou des malades, des hommes politiques ou d’affaires, des enseignants ou des étudiants. » Mariage, famille, criminalité, formation, consommation…, tout relève de choix effectués rationnellement par des individus cherchant à obtenir l’utilité la plus élevée possible. Ainsi, par exemple, pour Becker, la criminalité est un choix rationnel effectué par une personne qui compare les bénéfices à attendre d’un délit avec la probabilité d’être condamné et la lourdeur de la peine encourue: plus la sanction est sévère, moins les personnes tentées passent à l’acte.

De la même façon, le mariage est un acte rationnel résultant du fait que les avantages à en attendre pour chacun des deux conjoints sont supérieurs aux autres choix possibles. André Fourçans, un disciple français de Becker, illustre ainsi cette approche : les conjoints « sont des facteurs de production qui créent des biens et services familiaux au sein de l’entreprise famille. (…) De bons petits plats bien sûr, des chemisiers lavés et repassés de près, mais surtout la convivialité (…) des activités culturelles, récréatives, sportives ou autres, mais aussi, pour les époux, le sexe et, on y arrive quand même, l’amour (…) ; enfin, last but not least, les enfants. » On se marie dès lors que le recours au marché est moins avantageux (financièrement et qualitativement) que cette « production familiale« .

Transition

Pour clore cette partie, nous pouvons affirmer que pendant longtemps, entre le 18 eme et 19 eme siècles, l’homme est considéré comme un être rationnel. Cette approche a cependant suscité bien des critiques. Par exemple, les pays où les sanctions pénales sont les plus lourdes (peine de mort) sont aussi les plus criminogènes, ce qui vient contredire la thèse de Becker. De ce fait, le raisonnement en terme d’utilité est facile à représenter mathématiquement mais son contenu est plus mystérieux – satisfaction, bien-être, bien-vivre, contentement, bonheur? Mais aussi, la critique s’est développée sur un autre terrain: les choix sont-ils guidés par le calcul rationnel ou influencés, voire dictés, par d’autres critères, comme la pression sociale, l’envie, l’éducation, les croyances, etc.

II) L’homme économique non rationnel

L‘économie imprègne tous les domaines de notre vie : art, sport, sexe, guerre… alors que le comportement de l’homme est loin d’être aussi rationnel qu’on ne le dit. Les auteurs proposent un autre regard sur la science économique dans Antimanuel d’économie. 1, Les fourmis . Pour Bernard Maris, les «hommes se comportent de façon déraisonnable dès qu’il y a un peu d’incertain dans l’air».

Cette notion a également été critiquée par Keynes: « l’individu ne possède ni les moyens intellectuels ni les moyens matériels de connaître tous les tenants et aboutissants de sa décision finale, donc il agit toujours en ne sachant pas tous les coûts et les avantages de son action. » Autrement dit, la théorie de l’homo œconomicus suppose une information complète, ce qui n’est que très rarement le cas.

Par ailleurs, l’école de l’économie comportementale met en avant les biais cognitifs et émotionnels qui affectent le processus de prise de décisions des agents économiques et font qu’ils sont loin d’optimiser leur propre intérêt.

Prenons un exemple :

Qu’est-ce que je recherche en achetant un pull-over ?

  • Je recherche à être au chaud cet hiver.
  • Je recherche un pull qui plaira à mon entourage et qui pourra attirer l’attention (ou simplement m’éviter la honte).
  • Je recherche un pull que je trouve beau et qui correspond à ce que je suis.
  • C’est un bon pote qui fait ces pulls et ça me fait plaisir de lui en acheter un.

On voit que pour une simple décision dite économique, le rapport utilité/prix n’est pas le seul argument qui entre en jeu dans l’achat du produit. La considération sociale ou l’éthique personnelle jouent également un rôle majeur dans la prise de décision. Ces sources de motivation sont indépendantes de celles de l’homo œconomicus mais jouent ici un rôle majeur dans la décision du consommateur.

En effet, l’homme économique a besoin de la considération d’autrui pour augmenter son bien-être. La reconnaissance sociale, l’envie d’éviter la honte publique, la réprobation générale, l’envie d’influencer, de se faire remarquer positivement par ses semblables sont pour l’homme économique des fins en soit. Il est prêt à payer davantage pour des produits ayant les mêmes fonctionnalités mais véhiculant une image plus prestigieuse, il est prêt à gagner moins d’argent pour un emploi mieux considéré.

Mais encore, il est motivé par ses valeurs et par la perception qu’il a de son univers. En effet, ces besoins ne trouvent leur origine ni dans la nature ni dans la société mais dans les contraintes esthétiques et morales qu’il s’est imposées. En temps que consommateur, il sera attiré par des produits compatibles avec ses valeurs et ses goûts personnels et sera prêt à payer plus cher un bien parce qu’il sait que celui-ci a été produit dans des conditions humainement acceptables ou parce que celui-ci a été produit dans son pays ou simplement parce qu’il apprécie la démarche créative originale et authentique de son concepteur.

Conclusion

Pendant très longtemps l’économie a décrit l’homme comme un être rationnel dans ses décisions. Cependant, cette idée a suscité de nombreuses critiques à partir du 19eme siècle. Les économistes ont pu prouvé que l’homme économique est finalement très peu rationnel.

En effet, son regard est aussi bien porté sur la satisfaction de ses besoins matériels, ses besoins sociaux et ses besoins éthiques. Néanmoins, cette cohabitation entre des besoins différents, parfois antagonistes est loin d’être toujours sereine et peut mener à des dilemmes inconciliables ou des situations difficiles : « J’ai choisi ce boulot, il paie bien et me permet de nourrir ma famille, mais il est mal vu et il ne me permet pas de développer mes aptitudes naturelles ni de vivre en harmonie avec mes valeurs. »…

Origine de la ressource :
Réf. bibliographique

– « Gary Becker, le croisé de l’homo oeconomicus », dans Alternatives économiques (N°336) paru en Juin 2014 en p.76-77 par Denis Clerc

Antimanuel d’économie. 1, Les fourmis, Bernard Maris, Bréal, 2003, p, 36.46,281,324,342

https://fr.wikipedia.org/wiki/Homo_%C5%93conomicus

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