Pendant longtemps, la nuit fut considérée, notamment par Marx, comme un temps essentiellement de récupération physique, de reconstitution de la force de travail après de longues journées de labeur. Mais la nuit n’est pas que réparatrice ; elle est aussi ce temps qui échappe à l’ordre du jour, elle est cet espace flou de l’ombre, ce « lieu de tous les périlles » (p.75), ce moment où les travailleurs sont libres ; proche du délit et du dommage (« noxa »), la nuit (« nox ») peut ainsi être dangereuse. Pour l’individu qui ne trouve pas le sommeil et se réfugie dans l’hydrate de chloral, pour la société qui promeut l’éclairage public au 19ème siècle, véritable allié de la police, sortant en effet le criminel de l’ombre. Au coeur de cette nuit « agitatrice », le légendaire Mickey Finn avait trouvé dans l’hydrate de chloral le moyen de droguer ses clients pour mieux les dépouiller. Entre la nuit et le jour, nous trouvons aussi le somnambule, candidat à la fois du sommeil mais aussi de l’action.