Questions raciales : Les 10 propositions pour l’avenir du Lycée Val de Saône

Projet : Le bureau des idées / Mode d'emploi lycées


Dans le cadre du Bureau des Idées, projet de médiations inscrit dans le Festival des Idées – Mode d’Emploi (16-21 nov. 2020) de la Villa Gillet, l’historienne Aurélia Michel réagit aux « 10 propositions pour l’avenir formulées  » par les élèves de Terminale générale du lycée Val de Saône (Trévoux), suivis par Sandrine Delorme (enseignante de SES) et Magali Mathey (documentaliste).

 

Problématique : « Comment le racisme se manifeste-t-il dans nos sociétés, et comment lutter contre ? »

 

Propositions sur le thème 1 : Contre le racisme, que faire à l’école ?

1. Sanctions des actes et propos racistes à l’école : 1 à 2h de sensibilisation (activité sur les colonies, les ethnies, les discriminations raciales…)

2. Développer plus en profondeur les enseignements sur les colonies, l’esclavage.

3. Il faudrait apprendre aux élèves à l’école dès le plus jeune âge quels sont les comportements racistes afin qu’ils ne les reproduisent pas.

4. Interventions de spécialistes au sein des établissements scolaires, pour développer les questions raciales, les figures qui se sont battues contre le racisme.

AM: Tout à fait d’accord avec la thématique de ces propositions. L’école est un lieu fondamental de la transmission de nos représentations, elle peut véhiculer des pratiques racistes comme elle peut les déconstruire. En effet la meilleure stratégie selon moi passe par la connaissance de l’histoire, en particulier française, et la prise de conscience de la force de nos représentations liées à la colonisation et à l’esclavage. Cela demande de repenser les programmes d’histoire non pas en rajoutant des chapitres mais en mettant en évidence les aspects coloniaux dans l’histoire : ils sont essentiels du XVIIe au XXe siècle.

La sensibilisation est aussi fondamentale. Elle ne passe pas forcément par des sanctions mais par un espace-temps de paroles, où les propos racistes sont décortiqués, les explications données, les craintes exprimées. Cela peut se faire avec l’enseignant, mais une intervention extérieure peut aussi rendre la parole plus libre, ou celle de spécialistes, des sociologues par exemple, aider à interpréter le sens des insultes, les clichés, les interactions ou situations racistes.

 

Propositions sur le thème 2 : Contre le racisme, que faire dans l’espace public et médiatique ?

5. Pour les statues, ou les noms de rues, certaines communes proposent d’apposer des plaques mentionnant le passé esclavagiste de personnes ayant donné leur nom à des rues, pour donc ne pas effacer le passé mais le clarifier.

6. Les réseaux sociaux devraient limiter, surveiller les usages de propos dénigrants et discriminants envers une personne quand il y a récidive de propos haineux.

7. Les personnalités du foot devraient créer des évènements et des associations solidaires afin que leur célébrité serve à lutter contre le racisme.

AM: En ce qui concerne l’espace public, il y a en effet beaucoup à faire car l’espace public est celui de la société toute entière. L’idée des plaques complémentaires est intéressante mais alors elles seraient extrêmement nombreuses ! Car de manière générale les gouvernants, les hommes scientifiques, les militaires etc. qui donnent leur nom à nos rues étaient impliqués dans ce système. Les militants qui ont déboulonné des statues, celle du marchand négrier Colston à Bristol ou celle du roi Léopold en Belgique (qui a colonisé le Congo), ont visé des personnages directement impliqués dans la traite esclavagiste et les crimes coloniaux. C’est souvent beaucoup plus compliqué de distinguer ce qui relève des responsabilités individuelles et ce qui relève du système général. Jules Ferry par exemple, en tant que chef du gouvernement, fut un des principaux instigateurs de la colonisation et de ses violences en Afrique. Mais si on le rend responsable individuellement, on se débarrasse bien facilement du problème.

La sanction des propos racistes existe déjà en théorie, et les réseaux sociaux l’appliquent à peu près. La question est plus compliquée lorsqu’il ne s’agit pas d’insultes directes mais de situations discriminantes, d’humiliation indirecte, de non reconnaissance. C’est pourquoi il faut avant tout apprendre à reconnaître une situation de racisme et prendre en compte la parole des victimes qui la signalent, même s’il n’y a pas eu d’insultes directes.

Les personnalités du foot en effet peuvent jouer un grand rôle, on l’a vu récemment avec le match PSG-Basaksehir. Lilian Thuram a monté une fondation qui travaille sur le racisme et intervient dans les écoles. Il subit souvent des attaques d’ailleurs pour ses prises de positions.

 

Propositions sur le thème 3 : Contre le racisme, comment agir juridiquement?

8. Pas d’allègement de peine lorsqu’une plainte publique a été déposée et justifiée.

9. Élargir le cercle d’acteurs pouvant dénoncer le racisme car seules les victimes peuvent poser une plainte mais une personne qui en est témoin ne peut pas.

10. Agir pour la diversité en autorisant la différenciation ethnique dans la Constitution car cette différence existe, cela nous permettrait de réaliser des statistiques et des quotas.

AM: Tout à fait d’accord avec le fait de durcir la législation et d’élargir les possibilités de plaintes. En ce qui concerne la différenciation ethnique, religieuse ou raciale, il faut savoir qu’elle est interdite pour catégoriser les citoyens (sur la carte d’identité par exemple) mais rien ne l’empêche pour mener des enquêtes, faire des statistiques, mettre en évidence des biais liés à la race. L’INSEE, l’INED, les établissements de recherche comme les universités ou le CNRS, les utilisent, c’est d’ailleurs comme ça qu’on a des preuves de la discrimination raciale dans divers domaines qui pourraient servir à mettre en place des politiques de lutte contre le racisme. Car il faut ensuite que ces démonstrations scientifiques fassent changer les mentalités, ça c’est une autre histoire… celle de votre génération.

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