Féminisme(s) : Les 10 propositions pour l’avenir du Lycée Pierre Béghin

Projet : Le bureau des idées / Mode d'emploi lycées


Dans le cadre du Bureau des Idées, projet de médiations inscrit dans le Festival des Idées – Mode d’Emploi (16-21 nov. 2020) de la Villa Gillet, l’historienne Michelle Zancarini-Fournel réagit aux « 10 propositions pour l’avenir » formulées par les élèves de Terminale Humanités du lycée Pierre Béghin (Moirans), suivis par leurs enseignantes Nathalie Bernard et Nathalie Folliet, ainsi qu’Ingrid Lefevre, documentaliste.


Merci pour ces propositions féministes réjouissantes et très stimulantes. Quelques commentaires en italique. Bonne année 2021 de joies et de bonheurs petits et grands à toutes et tous.

 

1. Nous voulons que les représentations des femmes dans les médias soient diversifiées et non standardisées : physique, caractère, sexualité, corps, profession… et ainsi normaliser les différences pour pouvoir sensibiliser.

MZF: Ce premier souhait est tout à fait louable et rend bien compte à quel point les médias peuvent incarner des modèles susceptibles de peser, modifier les points de vue et les comportements des autrices et spectatrices. Pour pouvoir diversifier les représentations des femmes dans les médias, il faut dans un premier temps dresser un état des lieux et définir de quels médias on parle : audiovisuels (radio et télévision), presse écrite, medias en ligne, ou encore réseaux sociaux. Ensuite cerner la place des journalistes femmes, des expertes, des invitées dans les medias. Et enfin, comme les bilans quantitatifs ne suffisent pas, veiller comme vous le suggérez à la diversité des intervenantes.

 

2. Nous voulons changer l’éducation qui est inculquée aux enfants : donner les mêmes perspectives d’avenir aux filles et aux garçons.

MZF: Oui belle perspective que l’égalité entre les sexes en tenant compte que l’éducation passe aussi bien par la famille, que par l’école, par les ami.es ou par les séries et les émissions de télévision et, pas toujours en bonne part, par les réseaux sociaux.

Une excellente nouvelle venue d’Inde : l’élection fin décembre d’Arya Rajendran, étudiante en mathématiques de 21 ans, comme maire à la tête de Trivandrum (1 million d’habitants) capitale de l’état du Kerala qui suscite l’enthousiasme dans le pays. Cette étudiante, fille de militants du parti communiste indien, a fait campagne sur la santé et l’hygiène.

 

3. Nous voulons que la femme soit considérée dans son entièreté et non comme un objet; au même titre qu’un homme, elle est bien plus qu’un corps !

MZF: Une proposition fondamentale : la lutte pour que les femmes soient des sujets-pensants à l’encontre de la « femme-objet » est au centre du combat féministe depuis longtemps. Des femmes dont on s’approprie le corps, des femmes réduites à leur valeur d’échange et à une fonction d’objets sexuels et/ou publicitaires. Mais certaines femmes peuvent elles-mêmes se présenter comme objets de désir et se complaire à la séduction. Et on s’inquiète aujourd’hui de l’hyper-sexualisation des petites filles auxquelles des magazines sont consacrés.

Il vaut mieux parler des femmes au pluriel, dans leur diversité, que de LA femme qui n’existe que comme représentation.

 

4. Nous voulons qu’une femme puisse choisir de s’accomplir seule sans être jugée, elle n’a pas besoin de partenaire ni d’enfants pour s’épanouir entièrement.

MZF: Un des slogans-phares des féministes des années 1970 était « mon corps est à moi ». Cela ne signifiait pas réduire l’existence des femmes à leurs corps, mais qu’elles puissent choisir ce qu’elles souhaitaient, avoir ou non un/une partenaire, avoir ou ne pas avoir des enfants etc..

 

5. Nous voulons que la parole de la femme soit écoutée, respectée et croire en son témoignage en toutes circonstances ; sa souffrance ne doit pas être minimisée.

MZF: Je pense que vous voulez parler ici des violences faites aux femmes, viols et/ ou violences conjugales qui se traduisent parfois tragiquement par des féminicides. Effectivement il y a des difficultés certaines pour les femmes à se rendre par exemple dans un commissariat pour déposer plainte, pour raconter ce qu’elles ont vécu, que leur plainte soit prise en considération et enregistrée. Même s’il y a eu des consignes gouvernementales, les forces de l’ordre sont encore parfois réticentes à croire les témoignages des femmes et à poursuivre les hommes violents. En 2020, des jeunes féministes colleuses ont par des placards avec de grandes lettres majuscules en noir, dénoncé dans de nombreuses villes les violences faites aux femmes et les féminicides avec des slogans chocs pour frapper l’opinion.

 

6. Nous voulons que toutes les féministes et tous les féminismes soient pris en considération. Chaque femme a plusieurs luttes légitimes et personnelles à conduire mais c’est collectivement qu’elle s’engage.

MZF: Vous avez raison de souligner qu’il y a différentes manières d’être féministes et que chacune a le droit de choisir la forme et l’espace qui lui convient pour exprimer ses convictions. Mais c’est dans le collectif que les revendications féministes deviennent le plus visibles et peuvent être efficaces. C’est le cas par exemple des manifestations pour le droit à la contraception et à l’avortement entre 1971 et 1974 qui ont réussi à peser pour faire adopter les lois Veil sur la contraception (1974) et l’IVG (1975).

 

7. Nous voulons que l’intersectionnalité soit aussi de mise ! Et chacun doit en être conscient, informé, éduqué.

L’intersectionnalité est un mot récemment adopté dans la théorie féministe venu des États-Unis et du vocabulaire juridique pour exprimer l’imbrication des dominations qui pèsent sur les femmes, qu’il s’agisse de la classe sociale, des origines ethniques ou encore du genre (féminin ou masculin) et des sexualités. À l’origine, il s’agissait pour des juristes féministes de défendre des ouvrières noires travaillant chez Ford à Détroit et qui étaient discriminées de par leur couleur, le fait qu’elles soient des femmes noires. Tout dépend pour examiner ces différentes formes de domination du contexte et du lieu où s’exercent ces dominations.

 

8. Nous voulons que les menstruations, le sexe féminin, la sexualité de la femme, la contraception… soient compris et pris en compte ! C’est une affaire partagée. Il faut que les tabous soient levés.

MZF: Il vaut mieux ici employer le pluriel – les femmes – et confronter cette proposition avec la troisième, car il ne s’agit pas seulement du corps des femmes. Lutter contre les stéréotypes et les idées reçues est fondamental, mais aussi évoquer ce que vivent communément les filles et les femmes, les menstruations, les règles pour que soient pris en considération le mal être, les malaises, les douleurs, qui reviennent à dates régulières.

 

9. Nous voulons que les médias et les réseaux sociaux arrêtent de véhiculer l’idée qu’être féministe est une mode, juste pour l’image, juste pour l’argent (pub, entreprises, image de marque, célébrités). Liker, partager c’est bien. Mais agir c’est mieux ! Il faut réagir aux inégalités et agir pour créer un changement.

MZF: Vous évoquez ici à la fois la diffusion des opinions et les modalités d’action des féministes. Les médias et les réseaux sociaux qui se sont développés dans la dernière décennie charrient toute une série de points de vue agressifs et critiques souvent anonymes contre lesquels il est difficile de dresser. Des discussions sont en cours pour plus ou moins encadrer légalement les propos tenus sur les réseaux sociaux mais la mise en cause de la liberté d’expression est problématique. On parle de démocratie ou d’expression d’opinions du clavier qui n’ont certainement qu’un effet limité.

Vous avez raison de vouloir vous en prendre aux inégalités et les différentes manifestations féministes des années dernières ont montré à quel point les jeunes (des filles mais aussi des garçons) sont mobilisé.es pour se battre contre ces inégalités sociales et de couleur et contre les violences faites aux femmes. 

 

10. Nous voulons enfin croire qu’une société égalitaire naîtra de toutes les luttes.

MZF: Oui mais il sera nécessaire de s’unir en nombre et de la revendiquer avec vigueur et constance !

J’aime beaucoup cette affiche d’un festival organisé par le collectif afro-féministe Mwasi qui correspond complètement à votre première question comme à la dernière. 

 

Source : site du collectif Mwasi

 

Merci de toutes vos réflexions et propositions. MZF

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