Pensées sur «Le Regiment Immortel: La Guerre Sacrée de Poutine»

Ceci est une publication. Par Manna Okada / Université Lumière Lyon 2

Projet : L'œil des étudiants


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Aux yeux du monde, la Russie est un pays unique. Ce pays à l’histoire profonde et la culture très riche semble spécialement incongru et mystérieux. Qu’est-ce que ça fait d’être Russe? D’où vient le patriotisme des Russes ? Comment leur pays et leur culture sont-ils devenus ce qu’ils sont? Dans le livre Le Régiment Immortel, la journaliste et historienne Galia Ackerman étudie l’histoire messianique de la Russie et comment la Deuxième Guerre mondiale et ses suites ont influencé le peuple russe et sa culture.

Galia Ackerman est née le 24 Juin 1948 à Moscou en Russie. Elle n’est pas seulement journaliste et historienne, mais aussi écrivaine et traductrice, spécialisée dans l’étude du monde russe, de l’Ukraine et du monde post-soviétique. De plus, elle a des origines juive et elle vit en France depuis 1984. Elle a un doctorat en histoire de l’Université de la Sorbonne à Paris. C’est aussi une journaliste de « Radio France Internationale ». Elle a écrit beaucoup de livres comme Le Régiment Immortel, et La Seconde Guerre Mondiale dans le discours politiques Russe. Avec “Le Régiment Immortel,” elle dédie son livre à une journaliste et une écrivaine très connue, Anna Politkovskaia, assassiné pour avoir promue les droits d’hommes en Russie sous le gouvernement de Poutine.

Galia Ackerman fait débuter son livre le 9 mai 2018, sur la place Rouge. L’année marque le soixante-treize anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et le président de la Russie, Vladimir Poutine, organise un défilé militaire accompagné de musique soviétique, de portraits de Staline, et d’enfants. Les militaires portent même une décoration tsariste sur le revers de leurs vestes. Le fait que ces cortèges aient lieu deux fois par an et la juxtaposition de l’histoire de la guerre avec la présence massive d’enfants invitent à questionner les intentions de Poutine : que tente-on d’enseigner à la jeunesse russe ? Pourquoi est-ce que les Russes considèrent la guerre de manière patriotique? Galia Ackerman souligne qu’en Russie on parle de la « Grande Guerre patriotique »  et que le défilé militaire s’est transformé en un cortège civil qui porte le nom de « Régiment Immortel ». Les mots choisis pour décrire la guerre montrent clairement la fierté et l’honneur qui émanent du peuple russe, et pas seulement la commémoration des soldats et des vétérans tombés au combat.

Mais avant d’explorer le pouvoir de Vladimir Poutine, il faut analyser plus profondément la construction de la conscience russe. Le premier chapitre du livre, intitulé « Ô Sainte Russie, Russie ma mère, Russie ma Patrie! », analyse la psychologie des Russes d’un point de vue personnel, historique et religieux. D’abord, Galia Ackerman partage des expressions qu’elle a elle-même appris enfant et qui, selon elle, aident à comprendre la psychologie russe. Des expressions comme « Le tsar mon père », « la Russie ma mère », et « Sainte Russie » étaient enracinées dans son vocabulaire d’enfant. Elle apprenait ainsi à percevoir le tsar et son pays sous une allégeance paternelle et maternelle. En fait, ce ne sont pas simplement des expressions, mais des croyances en Russie. La première fois que l’expression « Sainte Russie » est apparue, c’était au milieu du XVIe siècle, utilisée par un moine traduisant les Saintes Écritures. L’histoire sacrée de la Russie est également consignée dans la littérature et les peintures et tout a contribué à former l’idéologie de la présence divine en terre russe. De plus, dans chaque foyer russe, il y a des icônes sacrées, différentes des images pieuses catholiques. Elle agissent comme une présence divine permanente et une communion directe avec Dieu. Leurs croyances et pratiques historiques « transforme, aux yeux du peuple, la Russie terrestre en Russie éternelle, et le peuple russe en peuple divin » (21). Sa foi en ces idées est ce qui mène le peuple à une plus grande compréhension messianique de lui-même, au point de se penser comme des Messies, au-dessus des autres cultures, capables de guider l’humanité vers un avenir meilleur.

Dans le chapitre “La Russie se relève: naissance d’une nouvelle idéologie” l’auteure aborde l’histoire messianique de la Russie et tout ce qui suit la Deuxième Guerre mondiale. Après la chute de l’Union Soviétique, la Russie s’est retrouvée isolée. Sans son empire, elle est devenu économiquement instable. Quand Vladimir Vladimirovitch Poutine est devenu président, il a pu faire revivre la Russie en ramenant les valeurs soviétiques. Ackerman éclaire l’opinion de citoyens russes, confiants en Vladimir Vladimirovitch Poutine qui il a été et est toujours un héros russe. Elle cite ??? « J’ai décidé de nommer l’homme qui, a mon sens, est le seul capable de consolider la société. Qui, en s’appuyant sur les forces politiques les plus larges, pourra assurer la continuation des réformes. Qui pourra réunir autour de lui ceux qui, au cours du XXI Siècles a venir, auront à rénover la grande Russie. Il s’agit du secrétaire du Conseil de Sécurité de Russie et directeur du FSB-Vladimir Vladimirovich Poutine. Il a toute ma confiance » (107).

L’élection de Poutine, en 2000, a représenté une sorte de miracle en Russie. La plupart des citoyens a pensé que la Russie changerait pour le mieux. Mais en fait, ce fut le contraire. Sous sa présidence, les valeurs soviétiques ont fait leur retour et il gouverne comme Staline et Lénine. Ackerman note ainsi : « Le retour à l’hymne Soviétique, que Poutine approuva quelques mois après son élection à la présidence, participe de cette volonté de rendre leur fierté aux Russes » (112). Le monde soviétique comportait de bonnes choses comme la production industrielle, des opportunités de bonne éducation et une forte armée, mais aussi  des problèmes extrêmement graves, 20 millions de personnes étant mortes sous le gouvernement de Staline. Poutine, lui, est accusé de tuer des chrétiens et des journalistes, d’attaquer des institutions démocratiques.

Or, Ackerman explique que Vladimir Poutine affirme vouloir améliorer la Russie avec les valeurs de l’époque soviétique, en prétendant lutter contre la sombre force « fasciste », reprenant ainsi sa rhétorique : « Le mot « fasciste » était, à vrai dire, déjà utilisé par la propagande soviétiques avant la Seconde Guerre Mondiale pour fustiger des adversaires qui n’avaient rien de fasciste, mais que le régime soviétiques souhaitait ainsi priver d’humanité et diaboliser» (265). Cela place Poutine dans une position similaire à celle de Mussolini en Italie ou de Franco en Espagne.

L’auteure explique une autre chose intéressante sur la façon dont Poutine dirige le gouvernement : « Poutine a perçu ce désir de renouer avec une fierté nationale: mais, au lieu de condamner les tares du passé et de construire un avenir démocratique et libre » (271), Ackerman explique que la télévision, le sport, les écrivains et les artistes doivent respecter les règles soviétiques. Beaucoup de choses que nous tenons pour acquises dans le monde Occidental sont censurées en Russie.

Somme toute, la manière dont Galia Ackerman représente la mentalité russe, avec des influences du passé et du présent, est très puissante et captivante parce qu’elle est elle-même russe et que son récit est en partie une autobiographie, en fait un essai nourri des faits historiques. Cela lui permet d’avancer des arguments sur le nationalisme et le patriotisme russes particulièrement intéressants. Sans aucun doute, la Russie est perçue comme un pays féroce, mais qu’est-ce qui y contribue ? L’engouement pour le caractère sacré de la Russie et les enseignements sur la Russie dès le plus jeune âge. Cela est très bien expliqué dans le livre de Galia Ackerman. Et également, l’idée  du messianisme est parfaitement applicable à Poutine, qui se présente lui-même comme une personnalité supérieure. Tout le monde doit s’incliner devant lui, comme s’il était divin. Personne ne peut parler contre lui. Peut-être que la façon dont Poutine dirige la Russie est similaire à celle de Kim-Jong-un en Corée du Nord. Savoir comment le gouvernement fonctionne en Russie et dans d’autres pays autoritaires peut nous faire prendre conscience de notre liberté. Je ne dis pas que Trump est meilleur, loin de là, mais Ackerman donne beaucoup d’informations sur les dimensions problématiques de la Russie.

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