Vincent Peillon : « L’aspiration religieuse n’a jamais quitté la politique »

Ceci est une publication. Par Théophile Blondy / Institut d'études politiques de Lyon

Projet : L'œil des étudiants


Vincent Peillon à la Villa Gillet pour débattre de la promesse

L’ancien ministre socialiste de l’Education, Vincent Peillon, a fait paraître son dernier livre « La promesse » en septembre dernier. Il était samedi 16 novembre à la Villa Gillet pour discuter avec Catherine Audard de la méfiance voire de la franche hostilité que suscitent les promesses aujourd’hui, particulièrement quand elles ont à voir avec la politique. Pour Vincent Peillon la promesse ne mérite pas la mauvaise presse que lui font les tenants du contrat. Critique de la modernité positiviste son livre plaide pour une nouvelle forme de rapport entre les hommes qui réconcilierait le spirituel et le temporel : la promesse. Passage en revue de l’ouvrage avec son auteur.

Dieu n’est pas mort

A l’origine de « La promesse » il y a la conférence que Vincent Peillon avait faite aux Rencontres philosophiques du Mans en 2014 sur le même thème. Achevé, l’ouvrage propose une thèse forte : le retour du théologico-politique, c’est-à-dire de l’inséparabilité entre religion et politique. Le sujet est un « sujet éthico-politique ».

« En vérité Dieu n’a jamais quitté la politique, explique son auteur, même si on l’a cru pendant environ un siècle, ce qui est très peu au regard de l’Histoire ».

La question est omniprésente :

«lorsque Solidarnosc luttait en Pologne contre le communisme ne trouvait-il pas sa force dans la chrétienté ?».

Les penseurs socialistes, et singulièrement Jean Jaurès, étaient d’ailleurs pour la plupart habités par un idéal religieux selon Vincent Peillon; qui leur a consacré une partie de ses publications. D’une actualité brûlante, c’est ce même refus de cantonner la religion à la sphère privée qui s’exprimerait dans le port du voile musulman, selon l’ancien ministre de l’Education nationale.

Une bonne nouvelle pour la politique actuelle qui souffre de son désenchantement ?

« Il y a une absence de promesse au sein de la jeune génération aujourd’hui, contrairement à la mienne qui avait grandi dans le siècle des utopies. Or, pour le dire avec les mots de Péguy, la politique a besoin de sa mystique ».

Le XXème siècle a bien montré les limites et les excès du rationalisme et de l’idéal d’autonomie parfaite de l’individu.

«L’Homme doit accepter une forme d’hétéronomie, d’altérité sur laquelle il n’a aucune prise : Dieu, qui est le nom du tout-Autre ».

La politique n’est pas un domaine à part comme certains pourraient le penser : les citoyens ont la responsabilité et le devoir de reconnaître, « d’entendre » cette part d’altérité divine dans chacun. A la base du politique il y a la promesse de traiter autrui comme l’Autre et non comme le Même. Cela a des incidences pratiques soutient Vincent Peillon, comme par exemple le traitement des migrants et des étrangers dont il faut respecter l’altérité sans chercher à les « assimiler ».

La politique souffre d’un déficit de promesse, selon Vincent Peillon

Pour l’heure il faut bien reconnaître à Vincent Peillon que l’éloge de la promesse sur le mode religieux n’est pas vraiment dans l’air du temps laïc. Aujourd’hui les politiciens assument plus facilement de « s’engager » que de promettre. Car l’engagement en politique, au fond, n’engage à rien dans la mesure où il ne contient pas la promesse d’un résultat concret mais simplement celle d’un effort : on s’engage à essayer. Comme le dit l’auteur, en s’incluant, sa génération politique (Rocard, Jospin…) « a un mal fou à promettre », c’est-à-dire à proposer un horizon désirable au-delà des chiffres et de l’économie, comme ce que « Changer la vie » a été pour François Mitterrand.

« Un petit peu facile » pourrait-on objecter, tant les hommes politiques français depuis le Dr Queuille ont fait leur le célèbre proverbe : « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». Force est de constater pourtant que personne ou presque ne reproche au président Hollande de n’avoir tenu que 219 de ses 538 engagements (selon les décodeurs du Monde) alors qu’il lui est bien plus souvent fait grief de n’avoir su tenir sa promesse de combattre « le monde de la finance ». Car c’était bien une promesse confirme M.Peillon : « faite sur le mode négatif elle inscrivait un horizon et déterminait un camp ».

Les amateurs de philosophie auront reconnu des similarités avec la pensée de Levinas, influence que l’auteur ne nie pas même s’il préfère souligner celle du philosophe juif Martin Buber.

Impossible, au final, de se défaire de l’impression que le livre s’achève en un traité de théologie tant le nom du Dieu d’Israël « YHWH » y est présent et en appelle à des développements. Mais n’allez pas dire à son auteur qu’il fait l’apologie du judaïsme : il vous répondra plutôt qu’il y trouve son inspiration.

Pour écouter ou réécouter la conférence « La promesse plutôt que le contrat » c’est ici :

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