Écrit en rapport avec AIR, AIR 2017, Reportages | thème: Généalogie d’un crime

A l’occasion des Assises Internationales du Roman de Lyon, qui ont eu lieu du 29 mai au 4 juin 2017, nous, élèves de la Cité Scolaire Internationale, avons eu le privilège d’assister à quelques conférences cette semaine. Trois d’entre elles étaient aux Subsistances et consistaient en des débats entre auteurs français, anglais, ou d’autres nationalités.

 

Mercredi, nous avons fait connaissance avec Kate Summerscale, une journaliste anglaise devenue auteure, qui, en 2016, a publié son roman A Wicked Boy, traduit en français par Un singulier garçon. Dans son roman, le personnage principal, Robert Coombes, assassine sa mère, et on nous relate la procédure judiciaire qui s’ensuit. Summerscale s’est inspirée de faits réels, notamment d’un fait divers rapporté dans les journaux de l’époque victorienne. Trois ans d’écriture et de recherche ont été nécessaires pour aboutir à un travail fidèle aux faits réels. Le soir même, Kate Summerscale était à une conférence autour de la thématique du crime, avec les auteurs Simon Liberati et A Yi.

Ces trois auteurs, ayant tous publié un roman traitant d’un crime en 2016, certifient que les écrivains ont véritablement des attirances morbides, voire des fixations fétichistes, pour avoir envie de faire des recherches intensives sur des criminels. En effet, le criminel type qu’ils dépeignent est une personne ennuyée, incapable de ressentir de l’empathie, à qui rien n’importe vraiment. Tous ces éléments pourraient faire penser à L’Etranger de Camus. Simon Liberati, dans son roman California Girls, où il raconte le meurtre de Sharon Tate par la secte de Charles Manson, décrit une volonté de provoquer, une forte insolence présente chez les meurtriers.

L’époque à laquelle se passent les différents meurtres est également primordiale, puisque les auteurs entreprennent des recherches historiques pour connaître la réaction du peuple au moment du crime. Kate Summerscale par exemple, parle d’une époque victorienne rongée par l’anxiété mais qui s’intéresse aux histoires macabres, telles que les Penny Dreadful du XIXe siècle. A l’image de ses courts textes d’horreur, le crime doit inspirer au lecteur curiosité et peur.

Vendredi soir, la conférence “Quand le passé revient : enfances et histoires”, avec Gaël Faye et Maxim Leo, venus respectivement du Rwanda et d’Allemagne, a été une rencontre exclusivement en français. Pour les auteurs présents, on écrit pour remettre de l’ordre dans ses rêves d’enfants, et parler de l’enfance dans ces textes permet un travail sur le langage et le doute permanent, ainsi que sur les couleurs, les sensations ou les odeurs, puisque l’enfant découvre le monde d’abord avec ses sens. La communication entre adultes et enfants est complexe, puisqu’il peut parfois être difficile d’expliquer à un enfant une situation particulière, mais si l’adulte ne dit rien, l’enfant crée sa propre vérité et s’imagine le “monde des adultes” tout seul.

Gaël Faye et Maxim Leo, à travers de nombreuses anecdotes, ont beaucoup parlé de leurs origines et de l’héritage culturel qu’ils portent. Pour l’un, c’est le génocide rwandais de 1994, dont il parle dans son roman Petit Pays ; pour l’autre, c’est la montée du nazisme et la chute du mur de Berlin, relaté dans Histoires d’un Allemand de l’Est. Selon eux, se souvenir du passé est un luxe et transmettre son savoir aux générations futures, un devoir.

Dimanche après-midi, Chloé Thomas et Eric Vuillard, auteurs français, nous ont expliqué “Les mots de la révolution”. Leurs romans Nos Lieux Communs et 14 Juillet, que nous avons lus, abordent le thème de la révolte de mai 1968 et de la prise de la Bastille en 1789. Certains mots ressortent de ce débat, notamment “nous” et “foule”, car la révolution est toujours un mouvement collectif, ainsi que “génération” et “dette”, car les événements du passé doivent être racontés aux générations futures, afin qu’elles ne reproduisent pas les mêmes erreurs.

Louise Dazin

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