Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, ARTICLE, Grand entretien : Maurice Godelier

GodelierLe 23 novembre aura lieu une conférence de Maurice Godelier, anthropologue depuis 1966, année de son départ en Nouvelle-Guinée, où il ira rencontrer et étudier la tribu des Baruya.

     L’anthropologue étudie des civilisations différentes de la nôtre, ce qui permet d’apprendre leurs coutumes, leurs rites, leur histoire. Mais cela représente un travail très important pour les anthropologues. En effet, Maurice Godelier passera sept ans avec les Baruya, pour tout connaître d’eux et vivre comme eux. C’est une véritable insertion dans une communauté étrangère, différente de la communauté de départ de celle de l’anthropologue. Cela permet de découvrir d’autres façons de vivre, d’envisager différemment le monde qui nous entoure.
Nous nous sommes demandé comment l’anthropologue parvient à faire abstraction de sa propre culture, de son vécu subjectif, afin d’être neutre et objectif. Il nous semble très difficile de résister à la tentation de l’ethnocentrisme, et c’est ce que l’anthropologie nous apprend à faire. Mais comment parvenir à concilier le droit à la différence et l’affirmation d’une commune humanité ?
Lors de cette conférence, Maurice Godelier partagera avec nous cette ouverture, cette immersion, et nous permettra de découvrir une nouvelle culture ainsi que son évolution, désormais confrontée au monde capitaliste. Mais peut-être aussi nous exposera-t-il comment cette ouverture l’a changé et l’a poussé à voir le monde différemment : l’anthropologie n’est-elle pas la voie à suivre pour se décentrer par rapport à soi ? (Rédactrice : Julie)

 

Détenteur de la Médaille d’or du CNRS en 2001, Maurice Godelier est un anthropologue qui a poursuivi la voie de son prédécesseur Claude Lévi-Strauss, et qui l’a renouvelée. Mais qu’est-ce que l’anthropologie, et en quoi peut-on dire qu’elle est toujours d’actualité ?
L’anthropologie pourrait se définir comme l’étude de la civilisation humaine, des caractères universels qui la définissent. Elle est aussi une étude de la diversité des cultures, qui permet aux anthropologues de les comparer entre elles, mais qui conduit aussi à porter un nouveau regard sur la nôtre.
La lecture du discours de la médaille d’or nous a conduits à réfléchir sur la nature de l’homme, par-delà la diversité des cultures. S’il y a une humanité commune, celle-ci n’est pas une « nature ». On ne peut plus aujourd’hui invoquer le concept de nature pour définir ce qui est « normal » et ce qui ne l’est pas, car nous voyons que ce concept a toujours été l’alibi pour justifier de manière abusive les inégalités, qui dont en réalité des constructions culturelles.
Dans son discours, Maurice Godelier parle de la société qu’il a observée durant sept années, et les réflexions qu’il a tirées de cette immersion, par exemple concernant la notion d’égalité entre les hommes et les femmes, les rapports de filiation dans notre société, et les enjeux au sujet de la famille homoparentale, monoparentale, ou recomposée.
Paradoxalement, c’est en étudiant l’altérité des sociétés éloignées de la nôtre que l’anthropologue nous conduit à nous voir nous-mêmes sous un autre jour : il pose un regard extérieur sur notre société. (Rédactrice : Valentine)

Discours de la médaille d’or

Maurice Godelier chez les Baruya

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