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La semaine dernière, les Assises Internationales du Roman, ou plus simplement AIR, se sont tenues à Lyon. C’est à l’occasion de ce festival organisé tous les ans par la Villa Gillet que nous avons pu assister à la conférence nommé “Ré-enchanter la Montagne Magique” de Claire de Oliveira au Goethe-Institut.

 

Le thème de la conférence était la traduction de La Montagne magique, l’œuvre de l’auteur allemand Thomas Mann écrite de 1912 à 1923, et publiée en 1924, qui raconte la visite de Hans Castorp à son cousin Joachim Ziemssen au sanatorium de Davos et l’évolution de la relation de Hans avec les autres patients. Claire de Oliveira qualifie cette œuvre de “Grosse Bertha de la littérature allemande” en raison de sa complexité et de son influence sur cette littérature du XXème siècle. Elle aura mis cinq ans à traduire le roman de Thomas Mann. Les objectifs de cette deuxième traduction étaient à la fois de proposer une nouvelle interprétation du roman tout en le rendant accessible à un nouveau public grâce aux quelques deux cents notes présentes à la fin du livre.

L’un des thèmes centraux de la conférence a été la nécessité, ou non, de changer la traduction du titre, La Montagne Magique en La Montagne enchantée, le titre original du roman étant Der Zauberberg, rappelant Die Zauberflöte, l’opéra de Mozart dont le titre est La Flûte enchantée en français. Selon la traductrice, le titre « La Montagne Magique” est celui qui convient le mieux. D’une part le mot Zauberberg apparaît dans deux autres œuvres majeures de la littérature allemande que sont Faust de Goethe et Le Joueur de flûte de Hamelin écrit par les frères Grimm. Dans les deux oeuvres la montagne est l’agent de la magie et non sa cible. D’autre part, ce titre permet de restituer l’allitération en “b” du titre allemand par une allitération en “m” qui aurait été perdue avec le mot “enchantée” et ainsi de conserver une mélodie que l’on retrouve tout au long du roman. Enfin, la majorité des autres pays ont également traduit le mot “zauber » par “magique” par exemple le titre anglais est “The magic mountain” et le titre italien “La montagna incantata”.

Nous avons tous beaucoup apprécié cette conférence par son dynamisme mais aussi par son orientation pluridisciplinaire en traitant de toutes les facettes du roman allant des Leitmotivs inspirés de Wagner dont Thomas Mann était un admirateur aux difficultés de la traduction avec des termes comme Seelenzauberkünstler difficile à traduire en français en raison de la pluralité de ses sens ou encore les explications sur l’ironie mannienne. Cette nouvelle traduction est donc un livre à lire pour tous les adeptes de littérature allemande, du XXème siècle ou simplement de nouvelles découvertes. Je finirai cet article sur une citation de Emil Michel Cioran, un philosophe roumain : “Une traduction est mauvaise quand elle est plus claire, plus intelligible que l’original. Cela prouve qu’elle n’a pas su en conserver les ambiguïtés, et que le traducteur a tranché : ce qui est un crime.”

Kenneth ZADJI

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