Ce texte est article du thème Le corps face à la puissance des images

Tr@sh Sh@ring

editoLa sensibilité collective? Une vague, une vague d’empathie à la mode qui emporte dans son sillage tout raisonnement. Il semble tellement aisé de partager la même opinion que la masse, tellement plus sécurisant. Parce que notre corps se mêle à celui des autres et que le temps d’un rassemblement, l’illusion d’appartenir à un tout, de ne pas être seul, nous grise. Pourtant, les conséquences néfastes de ces effets de foule sont de notoriété publique. Mais à l’instar de notre esprit, cette vague se transforme en tsunami pour venir ravager nos émotions. Notre corps ainsi agressé, notre intimité émotionnelle violée et la conscience  par réflexe préfèrera le déni à la réflexion.  Il y a eu ces derniers temps, beaucoup trop d’exemples de ces hypocrites révoltes : un « je suis Charlie » qui fait le tour de la France, squattant les profils Facebook comme un envahisseur. Ces réactions sont-elles le fruit de réelles indignations ? Elles semblent plutôt dépendre du « vu » ou  « être vu ».  Certains diront que ces images sont « malheureusement nécessaires » pour nous faire réagir. Mais leurs effets sur nous sont en réalité très superficiels : lorsque nous nous retrouvons  face au cadavre d’un enfant étalé sur la plage au milieu d’un fil d’actualité, nous sommes choqués, révoltés.

Alors coupables d’être assis là, de l’autre côté du monde, presque voyeurs: notre corps ne s’impose plus dans l’action pensée et réfléchie. Il semble qu’il ne nous reste  alors qu’une seule chose à faire : like and share…

4 Réponses à “Tr@sh Sh@ring”

  1. Vaudrey

    Très bon article je trouve
    Vous pourriez insister également sur l’aspect immédiateté du like (like moi en fait) sans le temps de la réflexion

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  2. Gorrieri Karine

    Aujourd’hui plus que jamais, votre article pose la question essentielle de notre rapport à l’image et plus particulièrement aux images atroces, ultra-violentes déversées sur la toile et relayées par les réseaux sociaux.
    Aujourd’hui, je ne veux pas voir que 120 personnes sont mortes sous les balles terroristes, je ne veux pas voir les visages affolés, j’aimerais ne pas entendre les cris. Je ne souhaite rien ignorer mais je refuse de céder au débordement d’émotions qui paralysent la pensée et la capacité d’action.
    Se libérer du trash-sharing pour mieux s’engager?

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    • Emma

      Karine, votre colère d’avoir à subir des images choquantes me semble être partagée par beaucoup de gens. Aucun intérêt ne réside dans le fait de voir des cadavres excepté une bonne dose de culpabilité et d’effarement. Il y a en plus un manque de respect évident pour les victimes et leurs familles. Le commerce de la mort (?). Quant à l’émotion ou la reflexion, ce n’est pas un choix binaire : il a selon moi et depuis les attentats de ce vendredi un temps pour chacune des réactions que vous abordez : un temps pour l’émotion, le deuil et les pleurs. Nécessaire pour pouvoir ensuite réfléchir, analyser et pourquoi pas se révolter, agir.
      Comme le dis Camus : « L’arc se tord, le bois crie. Au sommet de la plus haute tension va jaillir l’élan d’une droite flèche, du trait le plus dur et le plus libre. »
      S’en libérer oui. En se remettant en question sur la légitimité d’un partage ou d’un like. D’ailleurs peut on liker la photo d’un attentat ? De manière plus générale, prenons du recul. Faisons attention à prendre soin de nous, des autres.

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      • Gorrieri Karine

        Emma,
        Merci pour votre réponse éclairée et bravo au groupe pour l’article Trash sharing.
        Vous avez raison, prenons soin de nous, des autres et vivons pleinement le présent…debout et conscients.

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