Ce texte est article du thème La vie à l’œuvre

La vie à l’œuvre : sur la biographie des philosophes

Tout d’abord nous pouvons nous demander : la vie est-elle juste le principe biologique ?
Si je prends ce sens qui fait qu’un être vivant croît et dégénère, alors la vie est orientée vers une fin, c’est-à-dire un but, un objectif. La finalité de la vie serait alors la reproduction de la vie elle-même, donc la perpétuation des espèces, et la création de la singularité. La vie humaine, elle, est toujours relationnelle, sociale et déterminée par la culture.
L’idée d’œuvre est l’idée de création, de transformation de quelque chose pour faire apparaître une forme originale inédite et la notion de biographie est l’écriture de la vie, le récit d’une vie. La biographie a donc plusieurs utilités : celle de se remémorer la vie de quelqu’un, quelqu’un de marquant pour l’Histoire ; cela nous permet de mieux nous comprendre, de mieux comprendre notre époque en fonction du passé et cela nous permet également de comparer notre expérience personnelle à celle du biographé et donc d‘apprendre. Le biographé sert alors de modèle. La biographie est, dans ce cas là, utilisée comme un élément d’instruction. De plus, une biographie sert aussi à mettre une œuvre dans son contexte pour mieux la comprendre : nous pouvons alors nous demander si le contexte influence l’œuvre. Et enfin, la biographie sert tout simplement à connaître la vérité sur la vie de quelqu’un ; ici, l’intérêt est d’ordre intellectuel et moral.

De nombreux philosophes résistent à l’idée selon laquelle on pourrait approcher leurs œuvres et leurs idées à partir du contexte de leur émergence.
Y a-t-il un rapport entre conditions de vie et œuvre des biographés ? Est-ce que ces conditions déterminent de façon nécessitante les idées et l’oeuvre des intellectuels ? Est-il pertinent de distinguer influence et détermination ? Par exemple, Bergson refuse qu’on raconte sa vie et affirme que sa pensée est totalement indépendante de sa vie. Mais Descartes, lui, intègre au contraire certains éléments de sa vie dans le mûrissement et l ‘éclosion de son œuvre. Ricoeur a beaucoup travaillé la question de l’unité narrative d’une vie : il montre qu’il y aurait un rapport entre l’histoire collective, l’histoire littéraire fictive et l’histoire personnelle, où l’histoire littéraire serait un modèle pour l’écriture des histoires collective et personnelle. Donc le sens de la vie est pensé sur le modèle narratif. Pour Ricoeur, faire le récit de sa vie c’est parvenir à lui donner un sens tandis que Socrate disait déjà qu’une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue.

Barthes, lui, se demande : trahit-on la vie en lui conférant une unité narrative ?

Cependant, la biographie connaît quelques difficultés : le biographe interprète la vie du biographé en fonction de ce qu’il en a été de son futur, puisqu’il le connaît déjà. Comment peut-il saisir et restituer les hésitations ? Si le biographé a vécu longtemps ou s’il y a des versions contradictoires de certains faits, le biographe ne risque-t-il pas de recourir à l’imagination ? Un journal tenu par une personne est-il une biographie ? Par exemple, Hannah Arendt a tenu son Journal de pensée qui est une réflexion sur la façon dont la pensée s’élabore.

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