Un texte rédigé par KH Fauriel

Ce texte est article du thème La démocratie au-delà de la représentation

Aujourd’hui, pour comprendre le désengagement politique manifeste des populations de France et d’ailleurs, beaucoup proposent l’explication suivante : le peuple ne se sent pas représenté. Pourtant si on définit représenter comme rendre présent ce qui est absent, on peine à comprendre comment le peuple peut avoir besoin d’être représenté, puisqu’il est par définition omniprésent dans l’État, en tant qu’ensemble des citoyens ; à moins qu’il ne soit une masse muette, clairement séparée d’élites qui ne le comprennent plus. Ainsi Bourdieu nous alertait quant aux risques de la représentation : gare à qui donne à un « porte-parole » la légitimité de parler en son nom, car ce faisant il se prive lui-même de sa propre voix ; dès lors si le peuple a besoin de se désigner des représentants pour exister sur le plan politique, par-là même il se condamne paradoxalement au silence. On en arrive alors à une conclusion problématique : la démocratie, le régime du « pouvoir au peuple », priverait ce même peuple de sa libre expression politique ; muet, le peuple n’aurait d’autre choix que de se donner une voix qu’il ne contrôle pas . Après tout, le représentant, à partir du moment où il se voit conféré son pouvoir par le peuple, en fait-il encore véritablement partie ? Ainsi la démocratie, ne pouvant se passer de système représentatif, prend le risque de se voir dépassée par celui-ci ; risque concrétisé aujourd’hui ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *