Un texte rédigé par Terminale ES 1-2 Lacassagne (Lyon)

Ce texte est article du thème Le corps face à la puissance des images

Ou comment la violence de certaines images nous dépossède-t-elle de nos corps.

On ne peut échapper aux images. Affichages publicitaires, écrans de télévision allumés en permanence dans les boutiques ou les restaurants, prospectus dans les boites aux lettres ou sur le pare-brise des voitures, elles envahissent l’espace public. Dans les foyers, le nombre d’écrans disponibles par personne est en constante augmentation, 6,5 en moyenne pour la France. Les images surgissent devant nous quelques soient nos modes de vie et nos usages. Ainsi, les citoyens européens ont-ils tous finis par voir, de gré ou de force, l’image tragique du corps du petit Aylan, victime innocente des conséquences de la guerre en Syrie.

Parler de la violence des images est devenu un lieu commun. La violence des photos de guerre fait partie de notre quotidien. Tout le monde a été marqué, par exemple, par la photo prise en 1972 par le photojournaliste Nick Ut de cette enfant brûlée vive fuyant les bombardements au Napalm durant la guerre du Vietnam. Internet est aujourd’hui pris d’assaut par les terroristes qui diffusent en boucle des images de massacres destinées à servir leurs projets expansionnistes. Comme un écho à cette violence dans le monde réel, celle des images au cinéma. Certains cinéastes, comme John Woo, esthétisent la violence et d’une certaine façon la déréalise, d’autres, comme Gaspard Noé, revendique un hyperréalisme dérangeant. Et que dire des jeux vidéo ? Des héros aux corps stéroïdés font couler des flots de « sang ennemi » à grand renfort d’armes sophistiquées. Le réel et l’imaginaire se rejoignent dans cette mise en scène de la violence faite aux corps.

Mais il existe une violence plus subtile et peut-être plus insidieuse. Celle des images de ces corps parfaits diffusées par les médias qui construisent une représentation irréaliste et pourtant tyrannique de la beauté. Tout dans l’image est contrôlé afin de créer un désir mimétique auprès du public ciblé, en particulier les jeunes filles. A travers le maquillage, comme le célèbre contouring de Kim Kardashian, les vêtements et les accessoires portés par les stars, la démarche ou le régime alimentaire des célébrités, elles apprennent plus ou moins inconsciemment à devenir des femmes fidèles aux critères actuels de la beauté. Mais combien de stars sont-elles représentées « au naturel » ? Zoé Coleman mannequin de 19 ans dit avoir été choquée de voir ses photos retouchées à son insu. De nombreux acteurs sont « photopshopés » pour ressembler à Lara Croft ou à des héros mythologiques comme Achille. Ces procédés sont connus, mais même informées, les jeunes filles continuent de rêver d’avoir un corps idéal, ventre plat, tigh gap, lèvres pulpeuses… Certaines vont jusqu’à recourir à la chirurgie esthétique, d’autres se laissent quasiment mourir de faim. De telles mises en scène trompeuses du corps humain contribuent également à véhiculer les stéréotypes de genre : beauté, décoration intérieure, éducation des enfants pour les femmes et force musculaire, pouvoir économique et social pour les hommes.

Les images ne semblent donc pas violentes seulement par rapport à leur contenu mais parce qu’elles nous touchent, qu’elles peuvent nous conditionner et orienter nos actions. Elles vont mêmes parfois jusqu’à nous déposséder de notre propre corps.
Alors, tous iconophobes ? Il faut rendre à l’image sa place, elle n’est pas le réel, elle est une interprétation du réel. Elle peut aussi bien alerter le spectateur sur l’état du monde qu’influencer son propre rapport au monde. Le tableau de Magritte connu sous le titre « Ceci n’est pas une pipe » s’appelle à juste titre La trahison des images. C’est au spectateur de prendre de la distance, d’analyser et de discuter ce qui lui est donné à voir. C’est par les mots que l’on peut tenter d’apprivoiser les images afin de construire notre propre identité, corps et âme, et notre place dans un monde qui nous apparaît toujours en premier lieu à travers une image, celle que nos yeux nous renvoient.

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