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Quelle doit être l’attitude d’une démocratie par rapport aux partis anti-démocratiques ?

Cette publication est une ressource concernant les recherches sur le thème lié Démocratie, forces en présence. Grand entretien avec Pierre Rosanvallon - Chose publique 2018

Quelle doit être l’attitude à adopter afin d’enrayer la montée de l’extrémisme?

 

Faut-il affronter les partis antidémocratiques sur le plan politique en débattant avec ses représentants ? Faut-il  permettre aux partis extrémistes de participer au pouvoir dans l’espoir de démontrer le caractère irréaliste des propositions qu’ils promeuvent et de créer des tensions au sein du parti entre les « participationnistes » et les « radicaux » ? Faut-il au contraire exclure, totalement ou partiellement, ce parti du jeu démocratique en lui refusant l’accès aux médias, en le privant de financement public, voire en l’interdisant purement et simplement ?

 

En restreignant l’accès des opinions antidémocratiques à la discussion démocratique, la démocratie ne se contredit elle pas elle-même ?

L’histoire nous a révélé quelques épisodes montrant cette difficulté de concilier libertés publiques et démocratie. La formule de Saint-Just, « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », qui justifia le glissement du processus révolutionnaire dans la Terreur. Goebbels (ministre de la propagande du IIIème Reich) estimait que « cela restera toujours l’une des meilleures farces de la démocratie d’avoir elle-même fourni à ses ennemis mortels le moyen par lequel elle fut détruite »

La démocratie et ses ressorts modernes

Mais quels sont exactement ces principes sur lesquels repose la démocratie ? Quelle est en définitive l’essence de la démocratie ? Et, en corollaire, comment déterminer si un parti est ou non démocratique ?

Habermas (philosophe politique allemand né en 1929, membre de l’Ecole de Francfort) distingue deux sources concurrentes de légitimité de la démocratie moderne : les droits de l’homme et la souveraineté populaire.

Jurgen HABERMAS

 

La tension entre ces deux sources serait à l’origine du débat entre les conceptions libérale et républicaine de la démocratie. La tradition libérale affirmerait la primauté des droits de l’homme sur la souveraineté populaire, tandis que celle-ci serait privilégiée par la tradition républicaine. Sera donc considéré comme antidémocratique (dans la tradition libérale) tout parti remettant en cause les droits et libertés fondamentales.

 

 

L’important dans l’idéal républicain n’est pas tant  de «changer le monde que de veiller à ce qu’il ne se désagrège pas », selon le mot de Albert Camus.

Originalité allemande

La Constitution allemande fournit une excellente illustration de cette approche libérale puisqu’elle reconnaît à la Cour constitutionnelle un pouvoir d’interdiction des partis politiques « qui, d’après leurs buts ou d’après le comportement de leurs adhérents, tendent à porter atteinte à l’ordre constitutionnel libéral et démocratique, ou à le renverser, ou à mettre en péril l’existence de la République fédérale d’Allemagne ».

Démocratie idéale et démocratie réelle

L’organisation démocratique idéale ne doit pas comprendre de mesure restreignant l’accès au débat public ni aux opinions antidémocratique. Cela ne signifie toutefois pas qu’une mesure de ce type ne puisse pas être pragmatiquement justifiée en raison du contexte particulier propre à un État réel. Les modèles concrets de la démocratie sont des modèles normatifs, c’est-à-dire des conceptions de ce que les institutions démocratiques doivent idéalement être, non des descriptions du fonctionnement empirique d’institutions étatiques réelles. Il s’agit par conséquent d’essayer de rendre de plus en plus démocratique un État réel en tenant compte des caractéristiques propres à son contexte empirique singulier.

La réalisation de la démocratie idéale est ainsi un projet dont la poursuite constitue un contenu substantiel qui oriente l’action politique dans les systèmes étatiques concrets. Une organisation démocratique fort proche du régime idéal en un premier temps mais dans un contexte tel qu’elle conduirait à la suppression de la démocratie serait contre-productive. Inversement, une mesure autocratique ne peut être justifiée que dans la mesure où elle vise l’établissement d’un contexte rendant possible une démocratie de plus en plus conforme à la démocratie idéale. C’est ainsi qu’en vue de la préservation des libertés fondamentales que l’exercice de ces mêmes libertés peut être légitimement restreint par l’État.

 

Article inspiré de Laurent De Briey

Pour écrire cet article nous nous sommes aidé des sources suivantes :

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