Vous consultez une publication écrite par : Lycée François Mansart


Le troisième genre

Cette publication est un article concernant les recherches sur le thème lié La société est-elle toujours en avance sur son droit ? Grand entretien Christiane Taubira - Chose publique 2018

Evelyne est née et a été déclarée fille car elle ne présente aucune anomalie génitale extérieure. C’est seulement lors de sa puberté que des questions commencent à émerger du fait de son absence de règles : “J’ai fait des examens et il a été déterminé que j’avais un caryotype XY”. C’était en 1969 le médecin ne m’a pas prévenue, il m’a donné une réponse vague du type “Il y a un petit problème”, mais c’est tout. Et puis, vers 23 ans, elle  a commencé à se poser la question de la maternité. Je ne savais pas si j’étais stérile, pas stérile…”. Elle s’identifie toujours comme une fille et la morphologie de ses organes génitaux ne l’a jamais empêchée de vivre pleinement sa sexualité : “Pour moi, la revendication d’un sexe neutre ne me parle pas du tout, et je ne comprends même pas qu’on puisse chercher à avoir cette particularité”. Aujourd’hui, elle a adopté un enfant avec son mari et parvient même à voir son syndrome sous un jour positif: “Ca m’a apporté le fait que je sois très grande, très très mince, tout en étant caryotype XY on n’a pas de problème de chevelure par exemple…”. – France Culture “Sexe neutre: 3 témoignages pour dire une réalité compliquée”.-

Deux genres ? Et pourquoi pas trois ?   

Le genre se distingue du sexe, indépendamment des attributs biologiques. Il s’intéresse à la différence sociale, il met en place une bicatégorisation hiérarchisée entre les sexes (hommes et femmes). Les genres masculin et féminin sont des termes qui désignent le ressenti de l’être et de la personnalité. Cependant, il est souvent réduit aux attributs sexuels, alors que le genre s’exprime en réalité sur trois plans. La manière de se sentir (homme, femme, ni l’un ni l’autre, les deux…), l’attitude ainsi que l’apparence physique, et enfin le sexe biologique.

Donc n’y aurait-il que deux genres ? Dans une grande majorité des sociétés, oui. Mais en réalité, un troisième genre peut être reconnu. En effet, certaines personnes naissent en étant ni homme ni femme physiologiquement, elles sont dites de sexe indéterminé. D’autres ne se sentent simplement associé à aucun de ces deux genres au cours de leur vie. Dans certains pays, ce troisième genre est accepté par la société et la loi, tandis que dans d’autres, un sexe masculin ou féminin doit être définit à la naissance.

De quelle manière l’intégration des ces individus dans nos sociétés contemporaines est possible ? La société est un groupe organisé d’êtres humains, ayant établi des relations durables, qui vivent sous des lois communes, qui ont une forme de vie commune, et qui sont soumis à un règlement commun. En ethnologie la société désigne un groupe humain organisé et partageant une même culture, les mêmes normes, mœurs, coutumes, valeurs

Dans quelle mesure une société avec ses normes et valeurs établies peut les faire évoluer pour garantir l’intégration de tous ? Comment une société peut-elle accepter un troisième genre ? Pouvons nous penser que la société est en avance sur son droit ?

Notre problématique sera traitée par rapport à différents angles : un premier géographique en distinguant les pays qui l’acceptent de ceux qui ne l’acceptent pas, un deuxième sociologique, en cherchant si le genre est choisi ou inculqué, et enfin, une perspective historique en s’intéressant au cas particulier de la France.

Quel est l’état des lieux dans le monde ?

Les pays occidentaux

L’Australie accepte le troisième genre depuis 2014. Sur les documents d’identité, les individus ne sont pas obligés de se désigner comme homme ou femme. Néanmoins, l’état de Nouvelle-Galles du Sud avait tenté de supprimer cette décision mais cela avait été rejeté par les juges. Dans un même pays, les institutions sont le reflet de deux avis divergents.  

Au Pays Bas, le 28 mai 2018, un citoyen néerlandais a obtenu le droit par le tribunal de Limbourg de n’être reconnu ni homme ni femme sur son acte de naissance. Cet individu est né intersexué en 1961 autrement dit, avec des organes génitaux difficiles et impossible à définir.

En Autriche, la Cour constitutionnelle a pris la même décision après avoir été saisie par un militant intersexe Alex Jurgen en juin 2018. Devant les juges, l’individu avait invoqué l’article 8 de la Convention Européenne des droits de l’Homme qui garantit et protège un “droit à une identité sexuelle individuelle et alternative”.

L’Allemagne a adopté un texte de loi le 15 août 2018 légalisant le troisième genre sur les cartes d’identités. Il est désormais possible de choisir “masculin”, “féminin” ou “divers”. Cette loi représente une avancée pour les personnes se revendiquant de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transexuels).

Le Canada a également adopté des dispositifs similaires. Par exemple, lors du recensement national qui sera effectué en 2021, il contiendra les mentions “masculin” “féminin” ou “s’il vous plaît, spécifiez”. Pour l’instant la terminologie n’est pas encore fixée. En 2016, la communauté LGBT s’était offusquée au moment du dernier recensement national car les seuls choix possibles étaient « masculin » ou « féminin ».

Et ailleurs ?

En Inde, pays d’un milliard trois cent mille habitants, plusieurs millions s’identifient comme appartenant au troisième genre. La Cour suprême du pays a pris la voie de la légalisation en 2014, ce qui permet d’octroyer des aides sociales et même des emplois réservés à ces populations.

Au Pakistan, les autorités ont adopté en 2018 le troisième genre sur les actes d’état civil. En conséquence, les discriminations au travail, dans les écoles et dans les services publics sont interdites. Une chaîne de télévision locale a même fait d’une personne transsexuelle son/sa présentateur/trice vedette.

De quelle manière ces changements ont été rendus possibles, est-ce que la loi a permis à la société de mieux accepter ces différences et d’intégrer ces individus ou, au contraire, est que ce sont les individus en exprimant leurs différences de normes aux vues de tous, qui a permis une évolution des normes et des valeurs de la société et donc une évolution de la législation?

Musée National de Naples.
Un satyre lubrique se détourne, après avoir découvert que la belle endormie qu’il convoitait est Hermaphrodite (Fresque de Pompei).

La construction sociale du genre ?

La socialisation est le processus qui va permettre aux individus d’intérioriser des normes et des valeurs en adéquation avec la société dans laquelle il vit.

La socialisation primaire débute dès l’enfance et est déterminante dans la construction de l’identité sociale, en particulier le genre auquel on appartient ; l’individu peut être élevé “comme une fille”, avec douceur, on lui apprend à devenir sage et rangé. Ou “comme un garçon”, avec la motricité, le dynamisme et la compétitivité. Il n’existe donc pas d’autres façons de procéder soit en  imitant les autres, soit en facilitant l’interaction entre les individus et/ou par l’injonction des adultes sur les enfants. Pour qu’un troisième sexe soit admis par une société il faut que les mentalités et les convictions évoluent, étant donné que l’opinion des gens vis à vis des autres genres compte dans l’acceptation de la différence.

Comment est vécu le troisième genre ?

Dans un article publié dans Libération en octobre 2015, Philippe Reigné, chercheur au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (Lise), rappelle que la société tente de faire entrer les enfants intersexués dans des cases dès le 19ème siècle : « Par des traitements hormonaux ou par de la chirurgie, en supprimant un micropénis et en pratiquant une vaginoplastie ». Ces pratiques nous poussent à nous poser des questions sur l’aspect éthique de la chose. Les expériences et témoignages nous apprennent que l’acceptation de leur différences par les sujets passe d’abord par la capacité de l’entourage à accepter la différence de leur enfant. Souvent mis dans une case sociale par leurs parents dès la naissance puis par leur entourage, les sujets finissent souvent par se remettre en question durant leur adolescence. Cette remise en question est souvent provoquée par un élément déclencheur comme l’absence de cycles menstruels chez les personnes ayant un appareil génital féminin ou la présence de ces derniers chez les sujets détenant un appareil génital masculin.

France Culture a établi un recueil de témoignage sur trois personnes dont l’histoire est plus ou moins proche du sexe neutre. On y découvre l’histoire d’Evelyne, Laurence et Sylvaine qui toutes trois furent un jour rangées dans la “case féminine” suite à une décision souvent parentale.

L’environnement social est donc primordial à l’acceptation de son sexe. Pour les individus qui naissent sans un sexe prédéfini ou pour les individus nés dans le “mauvais sexe”. Il peut être difficile de s’intégrer dans la société dans laquelle ils évoluent. Dans quelle mesure alors la loi peut permettre leur inclusion sociale dans la société dans laquelle ils vivent ?

La société peut légiférer en donnant une valeur légale au troisième sexe, voir même modifier la langue française pour les nommer.

Une reconnaissance en 2011

D’après un article de La nouvelle République, en France, on considère qu’un enfant sur 100.000 naît intersexué. En 2011, le droit d’autodétermination relative aux règles particulières des naissances, permet aux parents d’enfants nés intersexués de ne pas leur définir de sexe (masculin ou féminin ) avant leurs 2 ans.

En 2015, le Tribunal de Grande Instance de Tours a accordé un état civil neutre, le premier de France. C’est un homme âgé de 64 ans, monsieur “X”, qui a été déclaré ni homme ni femme. En effet, il est doté à la fois d’un micro-pénis et d’un vagin rudimentaire.

Désavouée en 2017

En 2018, en France, la conception binaire du sexe se trouve progressivement remise en question. Car, dans l’hexagone, tout individu doit être rattaché dans les cinq jours suivants la naissance à l’un des deux sexes existants : masculin ou féminin, même si le nouveau né présente des “anomalies organiques”. C’est cette binarité qu’a réaffirmé la plus haute juridiction judiciaire française le 4 mai 2017. Selon la cour de cassation, le principe est clair ; la loi française ne permet pas de faire figurer, dans les actes de l’état civil, l’indication d’un sexe autre que masculin ou féminin. Elle ajoute que la reconnaissance d’un sexe neutre “aurait des répercussions profondes sur les règles du droit français construites à partir de la binarité des sexes et impliquerait de nombreuses modifications législatives de coordination”. De plus, selon cette cour, la reconnaissance d’un sexe neutre mérite d’être débattue, et ce débat doit obligatoirement avoir lieu à l’Assemblée Nationale. 

En effet, il existe des risques ; dans un article publié dans Libération en mars 2017, Philippe Reigné, spécialiste de la question des genres, explique : « S’il est inscrit sexe neutre ou intersexe sur l’acte de naissance, cette mention sera aussi présente via le numéro de sécurité sociale et apparaîtra sur les papiers d’identité. Il y a un risque de stigmatisation ». Si la catégorie homme-femme est déjà répressive, alors une troisième serait plus répressive encore. Il s’agit de persister dans la classification des individus et de procéder à une épuration des deux premiers sexes, qui se retrouveraient alors constitués de « vrais » hommes et de « vraies »  femmes.

Un autre moyen pour ces individus d’obtenir une reconnaissance des autres au sein de leur société, et de pouvoir les nommer. En effet, parler de soi dans ce cas là, à d’autres individus, peut être difficile quand ceux-ci ne comprennent pas leur mentalité ou leurs points de vue qui diffèrent.

L’exemple de Capucine D.

Nous pouvons le constater par l’exemple de Capucine D., qui se livre sur son expérience en tant que non genrée depuis son enfance. Pour respecter sa catégorie de genre, nous utiliserons pour la nommer le pronom nominal « iel » utilisé par l’interlocutrice pour se présenter. Ce pronom fait partie de la langue française. Il n’est pas connu d’un public très large, et certaines personnes ne sont pas prêtes à l’accepter, même dans  un futur proche.  Capucine D. a toujours été poussé à se remettre en question sur son genre ; durant son enfance on la traitait par exemple de garçon manqué. Ne sachant pas réagir, iel ne disait rien. Ses parents ayant choisi le prénom Capucine, qui est un prénom féminin, iel ne pourra pas le changer au nom de la loi car il est inscrit sur sa carte d’identité. En contrepartie, son nom comme son orientation peuvent changer au cours du temps suivant son ressenti, pour les personnes qui lui sont proches et qui peuvent comprendre son problème.

Que pouvons nous donc en conclure ?

Et bien tout simplement que l’acquisition du genre est différente selon chaque individu. Certaines personnes vont se résigner à accepter la situation, alors que d’autres vont revendiquer leurs différences. Nous devrions accepter, comme l’Allemagne, l’Australie ou d’autres pays, que chacun puisse choisir s’il veut appartenir à un genre prédéfini ou non.

Alors pourquoi certains pays ne le tolèrent-ils pas ? Car la société a peur, et n’est pas prête à accepter ce qu’elle ne contrôle pas. La France par exemple a dit oui au troisième genre en 2011, puis s’est rétractée en 2016 et a annulé cette loi. Mais heureusement, l’ONU est intervenue pour faire réagir les français en condamnant l’état à trois reprises pour avoir réaliser des opérations chirurgicales visant à donner un sexe à des enfants intersexués.

Donc finalement, est-ce-que l’on peut dire que la société est en avance sur son droit ? D’après nos recherches, cette question peut avoir plusieurs réponses. La nôtre serait que oui, la société est en avance sur son droit. Il y a néanmoins un conflit entre les personnes concernées, qui sont favorables à l’acceptation du troisième genre, et les autres dont beaucoup ne sont pas prêtes à l’accepter.

De nos jours, les citoyens français ont du mal à accepter le troisième genre, tout comme ils n’étaient pas favorables à intégrer la loi autorisant L’IVG en 1975.

Nous sommes d’avis qu’il faut que la loi change pour que cela provoque un déclic et fasse évoluer les valeurs. C’est grâce à cette loi que les choses vont pouvoir évoluer, et bien que certains pensent qu’il est encore trop tôt, si cela fonctionne dans d’autres pays cela pourrait fonctionner en France.

Pour écrire cet article nous nous sommes aidé des sources suivantes : Presse / radio / TV / site d’information

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