Écrit en rapport avec La ville cosmopolite, Mode d'emploi 2014, ARTICLE

A l’occasion de la troisième édition du festival Mode d’emploi, une classe de terminale du Lycée Saint-Exupéry (Lyon 4è) s’est penchée sur la question de la ville cosmopolite. Suite à leur publication « Le cosmopolitisme : solution miracle ou idéal inapplicable ? » Patrick Bouchain, invité du festival, leur répond.

 

Moins de propriété, plus d’appropriation

 

« La vie n’est donnée en propriété à personne, en usage à tous. »[1] L’espace public est un lieu où se manifeste le commun : personne ne possède sur lui plus de droits qu’aucun autre. Son amenuisement menace la richesse des expressions, manières, mots et gestes de la solidarité et de l’hospitalité humaine. Peut-on y produire une forme de vie écartant la propriété au profit de l’usage commun des choses ?[2] Tout équipement public devrait être ouvert à tous, et autorisé à chacun pour son usage particulier. Cette forme de propriété commune existe : au-delà des possessions individuelles, la rue, les places, les infrastructures de transports ou même la forêt sont des propriétés collectives, mobiles, indivisibles, voire invisibles : le terme de propriété n’y fait plus sens. Dans un théâtre ou une gare, l’usage est souverain et indépendant du sentiment de propriété.

Débat "La ville cosmopolite" lors de la troisième édition de "Mode d'emploi : un festival des idées" © Bertrand Gaudillère / Item

Débat « La ville cosmopolite » lors de la troisième édition de « Mode d’emploi : un festival des idées » © Bertrand Gaudillère / Item

Si l’on se penche sur des comportements naturels, regardons les chiens en ville : ils n’ont pas chacun leur territoire, mais naviguent tous sur les territoires des autres. Les abeilles butinent au-delà de la clôture du terrain sur lequel est fixée la ruche. Autour d’elles, forêts et champs sont riches de fleurs sauvages, elles iront en recueillir le sucre avant que le fruit n’apparaisse, travaillant au nez et la barbe de tous les propriétaires : le leur, celui du terrain butiné, et celui du terrain de la ruche, ignorant le lieu de glanage de ses locataires. Sans propriété, elles s’approprient l’espace, tout en l’enrichissant.

En ouvrant à l’expérimentation les dizaines de milliers d’hectares que l’aménagement du territoire met au rebus, une réappropriation collective de l’espace transformerait ces « déchets » en ressource. La situation physique, économique et juridique des délaissés légitime une « socialisation » inventive, une appropriation du sol qui délivrerait ces lieux de la propriété, dans une fabrique urbaine attentive au « déjà-là », à l’existant. Une démocratie participative et productive doit vivre dans les interstices des périmètres d’aménagement.

[1] Lucrèce, 971.

[2] Cf. Giorgo Agamben, De la très haute pauvreté. Règles et formes de vie. Rivages, 2011.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.