Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, ARTICLE, L'architecture invisible : réhabilitation et médiation urbaine

Murs, ville, sens et rêve

« L’architecture est le grand livre de l’humanité, l’expression principale de l’homme à ses divers états de développement, soit comme force, soit comme intelligence. » Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.

 

Nous avons délibérément fait abstraction ici des domaines des grands travaux institutionnels et de la misère des bidonvilles pour nous intéresser plus particulièrement au mobile/immobile, à l’intérieur/extérieur, au construit /déconstruit, à la guerre et à la paix, au parfum et à l’inodore, suivant en cela l’intitulé en oxymore de l’ « architecture invisible ». À partir de ces couples de concepts nous allons étudier comment cette architecture invisible peut s’articuler avec nous, autour de nous et contre nous. Car nous en sommes partie prenante.

Ce qui n’a plus sa place à la surface occupe le souterrain, tout ce qui vient du sol retournera au sol : les catacombes, comme les égouts, nous renvoient à nos corps périssables.

2318173_2bdcf5d8-2def-11e2-bab5-00151780182c_640x280

Catacombes de Paris, Galerie Port-Mahon914164300 Champfleury en Avignon, 1987

Les villes verticales, architecture de l’ostentation, résultent d’une folie des grandeurs et d’un désir de toute puissance de la part de pays longtemps négligés s’imposant désormais comme des leaders incontestés du nouvel ordre mondial. Dans une immense ville telle que Tokyo, au premier abord, on ne peut pas imaginer qu’il existe des espaces de quelques mètres carrés où l’on vit et où l’on tient commerce. Or, les espaces intercalaires en sont la preuve. Les murs sont les symboles de la paranoïa d’un État qui se veut stratège par rapport à une crainte constante : par exemple, la frontière séparant les USA du Mexique traduit la crainte du terrorisme et de l’invasion économique.

shanghai_pudong_bund

CBD de Pudong, Shangaï

i62864horsch

Caricature de Horsch,in Courrier international 18.05.2006

Les infrastructures quotidiennes sont mises en danger par une certaine haine de citoyens qui se sentent relégués. Cette haine est exprimée par la destruction urbaine due à cette impression de rejet et d’incompatibilité avec le reste de la société. Cette incompréhension se matérialise par la violence.

Le corps et l’architecture sont liés par une relation de réciprocité, de domination, de soumission mais surtout d’homogénéité rythmique. Et l’on danse dans la rue… Nous pouvons ici légèrement détourner la réflexion de Fernando Pessoa : « L’art[chitecture] transmue la réalité en rythme ».

La nature modifie et embellit l’aspect visuel de l’espace urbain. L’architecture végétale possède une double visée, celle du développement durable et celle du confort maintenu. L’architecture naturelle créée par la faune et la flore est le summum de l’architecture utilitaire, mais esthétique : la ruche, la corolle de la marguerite. L’odeur est le reflet du bien-être ou du mal-être de ses occupants, provoquant l’attrait ou la répulsion sociale. L’odeur influe aussi dans les choix architecturaux, de nos jours.

6a00d83451c8b869e2014e89b1d3e1970d-320wi

Tour végétale à Nantes

Ainsi donc, notre environnement est avant tout architectural. Le centre muséal sera partout dans les villes de demain, et la circonférence de nulle part. Les villes deviendront des plateformes mondialisées. Les courbes des bâtiments ont évolué au fil du temps, passant d’une architecture cubique à des lignes plus souples. Les lignes architecturales peuvent être courbées physiquement (comme à Shanghai), mais également mentalement (illusions d’optique, publicité, street-screens). Les concepts architecturaux existant ou en devenir, qui plongent dans le domaine sensitif mais immatériel, tendent à devenir abstraits, idéaux,voire oniriques.

Projet de Zaha Hadid pour le centre des Congrès de Bogota,octobre 2014

Quel est le rêve de l’architecte ? L’architecture est-elle la représentation physique du rêve ? La matérialisation impossible d’un espace mental rendu visible ? Le rêve est une illusion née de l’homme pour répondre à la réalité, et pour la refondre/refonder. Un rêve, si personnel soit-il, poursuit parfois un but commun : la réalisation, la matérialisation. L’expérience impose des limites aux rêves, mais le rêve peut devenir concret à travers l’architecture. Celle-ci matérialise, alors, la réalisation des désirs. De l’invisible/intouchable au tangible. Et la boucle se boucle : nous pouvons transformer aujourd’hui nos murs réels en espaces olfactifs, par exemple. Peut-être le rêve de l’architecte est-il de sculpter le temps plus que la pierre.

Un Réponse à “Murs, ville, sens et rêve.”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.