Écrit en rapport avec Reportages 2016, AIR 2016 | thème:

A l’occasion de la venue de Chantal Thomas à la dixième édition des Assises Internationales du Roman, des élèves de seconde du Lycée Notre Dame de Bellegarde (Neuville-sur-Saône) ont lu Les adieux à la Reine, qui leur a inspiré des travaux d’écriture sur les dernières pensées possibles de Marie-Antoinette.

Cher journal,

Aujourd’hui, 16 octobre 1793, ce sera le dernier jour de ma vie. Mon procès est passé, maintenant il ne me reste plus que quelques instants, pour savourer mes derniers mots, la texture du crayon dans ma main tremblante, j’en profite pour me confier, à toi, le seul qui m’a écouté et qui a toujours été là pour moi. Dans deux ou trois heures, tout ce que j’ai construit sera détruit, tous mes efforts acharnés pour devenir une grande reine anéantis, voués au chaos.

Journal, tu te souviens de mes débuts ? Moi je me souviens. Je me souviens de l’Autriche, cette douce contrée qui m’a vu naître, mon beau pays d’enfance. Je me souviens de ses immenses châteaux, de ses longs fleuves, de ses majestueuses forêts dans lesquelles j’aimais me promener avec ma mère. Ma mère. Oh, que dirait-elle. Te souviens-tu de la tristesse qui m’a déchiré le cœur lorsque j’ai dû la quitter à de mon départ pour la France ? Elle m’a tellement manqué, si tu savais petit journal… comme elle me manque encore. Je me souviens. Mes débuts difficiles avec mon époux, ce parfait inconnu à qui on m’a mariée, par pur intérêt, m’utilisant afin de créer une alliance entre nos deux familles. Ici, tout était différent, même la pluie n’avait pas la même odeur. Et puis cette vie aristocratique de Versailles, ces traditions tellement complexes et futiles, cette cour si cupide, si arrogante, si hypocrite, critiquant sans cesse mes moindres faits et gestes.

Mais je me souviens aussi du bonheur éprouvé lors de ma rencontre avec mes deux très chères amies. Elles étaient tellement pétillantes, épanouies, joviales, et bien qu’elles aient été parfois un peu irascibles, elles se sont toujours montrées loyales et accueillantes, elles, qui m’ont supportée et aidée jusqu’à leur fin. Une violente colère monte en moi quand je revois les bras déchiquetés par la fureur meurtrière des révolutionnaires, de ma belle princesse de Lamballe. Toute cette haine me brûle.

Jamais la gloire ne m’a atteinte dans ce monde. On m’a affabulé de surnoms ridicules, on m’a reproché une influence politique excessive et négative sur le roi, on m’a blâmé sur mon rejet des étiquettes. On s’est joué de moi. Oh petit journal te souviens-tu de cette affreuse histoire de collier ? Ce vicieux complot, cette escroquerie mesquine et horrible. Celle qui a eu pour but de salir mon image. Ah si seulement cette insupportable manipulatrice de Jeanne de Valois et son complice de la Motte pouvaient aller brûler en enfer, cela m’arracherait sans nul doute un dernier sourire. Malheureusement cette terre est peuplée d’humains jaloux, dont le seul but commun est la réussite.

Cependant, mon cher, malgré tout cela, il y a une chose que j’ai réussi dans ce monde. Si j’ai lamentablement échoué dans mon rôle de reine, je pense m’être montré digne de mon rôle de mère. Mes enfants, que je chéris tant, font ma plus grande fierté. Ils ont été ce qu’il y a eu de plus beau, de plus glorieux. Oh petit journal… comme j’aimerais les voir gambader joyeusement dans les jardins une dernière fois. Je tente de m’accrocher à ce petit rayon de lumière que ce souvenir fait naître dans mon cœur, tandis que j’entends des bottes claquer sinistrement dans le couloir de ce sombre cachot. Ils sont là. Ça y est ma fin est proche. La clé qui tourne dans la serrure et me donne le vertige. J’ai peur.

Et c’est sur mes mots, cher journal, que je te remercie, et te fais mes adieux, toi, qui a connu chacune de mes pensées.

Puisse mon âme reposer en paix.

Marie-Antoinette d’Autriche

Reine de France

Amandine J.

Alice D.

Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine (Seuil, 2002 ; Seuil, coll. « Points », 2006) (245 p.) 6,70 €

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