Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, ARTICLE, Le rural : nouvel espace d'inventivité politique ?

Comme nous l’a fait remarquer Michel Lussault dans ses conférences sur la ville, et plus généralement le collectif rédigeant la revue Tous urbains, l’urbain s’infiltre dans tous les milieux, tous les modes de vie. Pour autant, cela revient-il à dire que le rural disparaît, et que notre seul préoccupation est maintenant la ville ? Apparemment non, et c’est ce qui a fait se réunir le mercredi 26 novembre dans le Grand Amphithéâtre de l’Université Lumière Lyon 2 le géographe Emmanuel Roux et le réalisateur Dominique Marchais pour une rencontre animée par Sylvain Allemand autour du thème « le rural : nouvel espace d’inventivité politique ? ».

Une position particulière dans la vie politique

Le rural semble tenir une place particulière dans notre vie politique. Emmanuel Roux nous montre en effet d’emblée son importance dans la politique nationale à travers différentes affiches électorales : le rural y est souvent présent en arrière plan, montrant un village ou des paysages, rappelant l’agriculture, ou au moins un fond vert rappelant la nature.

 

Affiche électorale pour la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1981 (Coll. Fondation Jean-Jaurès-Centre d’archives socialistes)

 

Clip montrant les déclinaisons du célèbre pommier de Jacques Chirac pendant sa campagne de 1995.

 

Le rural a également sa propre vie politique : il serait, toujours selon Emmanuel Roux, « le dernier espace d’ancrage politique » : c’est en effet à cette échelle que l’on connaît le mieux ses élus, maire ou député, que l’on a déjà rencontrés au moins une fois. Un constat qui n’est pas sans rappeler celui exposant que les Français se sentent plus proches de leurs élus locaux, alors qu’il y a 33 000 maires en France.

« Un instant. Qu’appelle-t-on rural ? »

C’est la question qui sera posée par un architecte dans le public au bout de la première heure. Il est vrai que les présentations qui avaient été faites auparavant ont pu dérouter : dans une « typologie du rural », Emmanuel Roux avait présenté différentes formes du rural allant de l’espace d’ancrage politique aux parcs régionaux en passant par un espace de communauté. Quant à Dominique Marchais, il avait évoqué à travers un extrait de son film Le Temps des Grâces l’image assez stéréotypée du vieil agriculteur proche de la terre, avant de bien préciser qu’il s’agissait d’un espace de vie en perpétuel changement. Et tous deux insistent à nouveau sur ce point à l’énoncé de cette question : de nombreux déterminants sont possibles, et les changements constants de ce milieu rendent difficile une définition précise et fixe.

Pour un monde en changement, une réinvention politique

Le rural est souvent pensé en extension de l’urbain : un lieu où on se retire de la ville pour se reposer… Les zones frontières entre l’urbain et le rural sont d’ailleurs souvent appelées « périurbaines », alors qu’on pourrait tout aussi bien dire, comme le soulevait Dominique Marchais, « périrurales ». Penser le rural comme zone défavorisée ayant du retard sur l’urbain semble insuffisant : sur son propre plan politique, le rural a aussi ses propres préoccupations, par exemple ramener les agriculteurs vers leur territoire d’origine, point soulevé avec insistance par les intervenants. Ainsi, plutôt que de vouloir exporter, il faudrait favoriser les « circuits courts », c’est à dire l’alimentation des populations, dans les cantines par exemple, avec des produits locaux. Or, cela demanderait une « déspécialisation » de l’agriculture. Un autre point politique à travailler évoqué par les intervenants est les intercommunalités, de plus en plus fréquentes, mais qui nécessitent encore des évolutions pour être efficaces.

Le rural apparaît donc comme un espace en changement constant, loin des représentations stéréotypées du vieil agriculteur proche de la terre. Cette conférence ouvre ainsi de nombreux horizons et défis politiques pour cet espace particulier. Toutefois, on pourrait reprocher à cette conférence son rythme un peu plat et manquant d’animation, manque en partie dû à l’absence de deux des conférenciers attendus, dont les « déclarations d’intention » sont toujours à retrouver sur le site du Huffington Post. Il est également dommage que certaines questions n’aient pas trouvé de réponse, comme celle portant sur la réaction du politique face aux agriculteurs souffrants, ou celle d’un des 33 000 maires voulant savoir comment conserver une identité propre à chaque commune rurale, afin que chacune garde ses spécificités et préserve le « bien vivre ».

Corentin, CSI

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