Écrit en rapport avec Reportages 2016, AIR 2016 | thème:

L’imposture, ou le fait d’imposer une apparence, donne à l’imposteur la puissance de tromper les autres et de leur faire croire ce qui n’est pas vrai. Selon les différents points de vue, l’imposteur
peut être celui qui se déguise ou se cache pour saisir la vérité ou celui qui, à travers le mensonge, essaie de faire émerger une apparence. Néanmoins tous ces points de vue ont quelque chose en
commun : L’imposteur est celui qui utilise la vraisemblance qu’il a créée comme une sorte de mensonge pour ensuite pouvoir agir pour son propre profit.

Les romanciers de l’imposture

Parmi les plus grands romanciers de l’imposture, on en trouve deux qui, parmi tous les autres, à travers leur fiction prennent pour thème
l’imposture et le monde de l’imposteur. Premièrement, Delphine de Vigan est une romancière qui a gagné plusieurs prix ; certains de ses romans ont été adaptés à l’écran. Dans son dernier roman, elle joue avec la vérité et le mensonge. Mettant en scène un double d’elle-même, elle compose le récit d’un imposteur, et sépare le réel de la fiction en mettant en évidence les particularités de chacun.

Et deuxièmement Javier Cercas, est l’un des plus grands romanciers espagnols contemporains. Son dernier roman raconte l’histoire d’Enric Marco, qui se fait passer pour un survivant de l’Holocauste (sans avoir même connu les camps nazis), il nous rappelle que l’écrivain est un imposteur qui joue avec la réalité puisque il s’agit d’un homme qui a existé
vraiment.
Pour mieux comprendre ce qu’est l’imposture, pourquoi ne pas voir d’abord les définitions d’imposteur qui ont été soumises aux auteurs ? Selon le Petit Robert, on a trois définitions possibles
pour IMPOSTEUR:
• Un imposteur peut être une forme pour impressionner quelqu’un
• L’usurpation d’un nom pour obtenir une qualité d’un autre
• Un abus de croyance de quelqu’un à son profit.

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Javier Cercas nous dit que pour Enric Marco, personnage principal de L’Imposteur, toutes les définitions vont bien. Avec son livre, Cercas veut nous dire qu’en fin de compte nous, lecteurs, sommes les vrais imposteurs et, en tête, il y a Javier Cercas. Dans L’imposteur, à travers le visible, l’auteur dit qu’on a une intention invisible, celle d’être admiré et reconnu par la société. Dans le cas particulier d’Enric Marco, on se retrouve face à un personnage qui a menti et qui a créé une fausse image de soi pour s’élever dans l’échelle sociale, autrement dit, il rêvait d’être important et célèbre.
Pour Javier Cercas, le fait de mentir pour être aimé est humain, très naturel et quelque chose qu’on a tous fait. Par exemple aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, les gens mentent et racontent
des fausses histoires pour être mieux vus par les autres. Selon Cercas, en faisant cela l’être humain éprouve un plaisir qui trouve son origine dans le fait de tromper les autres. Le mensonge est aussi
un moyen de s’échapper de sa vie ordinaire et vivre une vie de héros ; Cercas fait allusion à Emma Bovary de Flaubert qui veut que ses rêves deviennent réels et Don Quichotte de Cervantès qui veut
vivre la fantaisie qu’il lit dans ses livres ou imagine. Ce désir d’être un autre est satisfait par la fiction qui est une forme d’imposture acceptée.

Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie (J.C.Lattès, Prix Renaudot 2015)

Javier Cercas, L’Imposteur, traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujicic et Elisabeth Beyer (Actes Sud, 2015)

 

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