Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, ARTICLE, Le courage d'être soi

Le 17 décembre se tenait aux Célestins la conférence d’Ouverture du Festival Mode d’Emploi. La conférence, animée par la journaliste de Libération Cécile Dumas, a duré deux heures. Deux heures pendant lesquelles le théâtre, bondé, a été captivé par les trois intervenantes : Cécile Guilbert, écrivain, essayiste, romancière et critique, et accessoirement, lesbienne assumée ; Catherine Millet, écrivain, critique et directrice de rédaction de Artpress, connue pour l’ouvrage La vie sexuelle de Catherine M ; et enfin Beatriz Preciado, une philosophe espagnole ayant pris de la testostérone, et donc plus ou moins transgenre.

Un vent de liberté souffle sur les Célestins

Ensemble, ces quatre femmes ont fait souffler un véritable vent de liberté sur le théâtre. Si l’on oublie la première demi-heure de la conférence, où Hélène Cixous a lu le début de son roman Homère est morte, le reste a été incroyablement riche et ponctué de déclarations provocatrices, et quelque peu révolutionnaires.

Le courage, quel courage ?

Dès les premières minutes, Millet nous annonçait que le courage, elle n’en avait jamais fait preuve, en se référant à la diffusion de son livre connu pour être particulièrement érotique. Elle explique qu’elle n’a jamais été courageuse, qu’elle a simplement écrit par naïveté. Preciado la rejoindra en affirmant que le courage, étymologiquement, se rapporte à l’homme et non à la femme. A travers la « nécro politique », c’est-à-dire le courage de donner la mort, la figure emblématique du courage reste bel et bien le soldat. Guilbert ajoute ensuite que le fait d’être soi n’est qu’une invention des psychologues d’aujourd’hui, qui se déclarent grands savants, et que de plus, comme dit Millet, il n’y a pas un mais de multiples « je » en fonction de la personne qui est en face de nous. En d’autres termes, la personnalité n’est pas figée mais évolue en fonction du contexte et de notre interlocuteur. Il n’existerait donc pas de réel « soi ».

Mieux vaut être faible !

Preciado déclare également que le courage d’être soi, c’est de ne se comparer à personne. Et inversement, se cantonner à la norme, c’est être courageux, car pour la philosophe, c’est très difficile : elle préfère la faiblesse. « Je souhaite aux gens que j’aime d’être faible », explique-t-elle ; en effet, si l’on est courageux, notre « je » est rigide, et alors, on est privé de liberté.

Etre libre

Se cantonner à une enveloppe corporelle aussi, c’est être privé de liberté. Parce que le corps n’est qu’une enveloppe. Les quatre intervenantes ont déclaré être ici en tant qu’individus, et non en tant que femmes. Aucune n’a d’ailleurs d’enfants ; Preciado va même jusqu’à dire que la marque de la féminité, c’est la maternité, mais que le corps n’a qu’une fonction pratique, matérielle, et que là encore, se cantonner à une famille, c’est rester dans les normes établies : « Les femmes ne sont pas un centre de reproduction national » provoque Preciado.

Monument en hommage à la maternité, à Granada, au Nicaragua (Auteur : Jean-Pierre Dalbéra)

Elle a glissé entre le féminin et le masculin, à la recherche de la fluidité entre les genres. Aujourd’hui, on a le droit de faire de moins en moins de choses, alors toutes les quatre, elles protestent. Car ce qui prime, c’est la liberté. Le courage d’être soi, c’est se permettre d’être libre.

Ca valait la peine…

Certains auront quitté la salle dès les premières phrases, d’autres à la première remarque provocatrice de Beatriz Preciado. Moi, je suis restée captivée. Je ne partageais pas toutes ces idées, mais la liberté est notre bien le plus précieux et comme elles l’ont dit, elle n’a pas de prix. Je ne regretterai pas de m’être rendue si loin un simple lundi soir, j’ai beaucoup appris, sur moi, sur le monde et j’ai réfléchi.

L’Humanité doit elle se reproduire ? L’enfant peut-il être un partenaire sexuel, au nom de la fluidité des âges, comme la fluidité des genres précédemment évoquée ? Millet nous laissera ces questions en ouverture, et elles font, à elles seules, une jolie polémique.

Marion, CSI

Un Réponse à “Le courage de ne pas être soi ?”

  1. Nicolas

    Une soirée marquante en effet, et un bon compte-rendu de ce qui nous a été donné à entendre et à ressentir, car je n’oublie pas la lecture d’Hélène Cixous !
    Sortir d’une rencontre et réfléchir à sa propre vie, mesurer ce qui a été dit et voir le monde autrement, c’est une belle perspective.

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