Écrit en rapport avec Les auteurs des AIR 2015, AIR 2015 | thème:

Nouvel article des élèves du Lycée Notre Dame (Charlieu), qui ont lu un roman de Manu Joseph, auteur invité aux dernières Assises Internationales du Roman en mai dernier.

Entre comédie et tragédie

Ce roman, en partie autobiographique, est le récit d’un deuil et de son acceptation. Mais cette œuvre est aussi pleine de fantaisie, tantôt délirante, tantôt émouvante. En effet, nous naviguons entre une comédie et une tragédie. Ce roman tourne avant tout autour d’Unni, figure essentielle à la fois disparue et omniprésente. En observant cette famille totalement dysfonctionnelle, mais à la fois profondément touchante et soudée , nous avons pu observer, à travers l’enquête du père, toute la complexité des relations familiales et sociales, et surtout les relations père/fils.

Des rôles père / fils inversés

Nous pouvons voir qu’en ayant interrogé les camarades de son fils décédé, Ousep Chacko découvre la la réelle personnalité du jeune adolescent, Unni. De cette enquête psychologique et philosophique, nous pouvons retenir que les parents ne connaissent jamais vraiment leurs enfants. Nous découvrons en effet une relation totalement absente d’Unni envers son père. Étant alcoolique et violent, Ousep ne tenait pas vraiment son rôle d’éducateur ; c’est plutôt Unni qui protégeait sa mère et son petit frère. Nous avons l’impression que les rôles s’inversaient, et c’est sans doute ce que peut ressentir réellement un enfant quand il voit son père alcoolique. C’est un sentiment d’insécurité et de malaise que nous observons dans cette relation père/fils. L’auteur accentue ce côté fatal d’une vie sans réelle présence paternelle.

Une quête identitaire

Par ailleurs, Thoma, le petit frère, tente de remplacer ce vide incommensurable du fils tant aimé, Unni. Il doit aussi faire face à un père de plus en plus alcoolisé et totalement obsédé par la quête d’une raison susceptible d’expliquer le geste de son fils. Nous sentons toute la frustration des deux côtés, avec un enfant encore jeune pour pouvoir prendre les choses en main et aider son père. Quant à Ousep, persuadé d’être un homme et un père indignes, il reste très pudique dans l’expression de ses sentiments pour son fils, Thoma. Nous voyons que l’auteur nous transmet un message : la communication chez un père et son fils est primordiale pour une relation vraie. Leur partage se fait toujours dans la violence et dans l’affrontement, car nous ressentons une forme d’animosité du côté de Thoma envers son père. Comment trouver son identité alors que l’on est confronté à une perte d’identité du père lui-même ? Nous voyons une certaine évolution de Thoma au cours de ce roman : il grandit malgré le poids de la vie qui pèse déjà sur lui. Ousep, évolue aussi à sa manière car, petit à petit, il découvre son fils, on pourrait même dire ses fils, bien qu’il soit trop tard dans le cas d’Unni. Ce roman est une quête identitaire avant toute chose.

BONHEUR

En conséquence, nous pouvons dire que les relations père/fils mêlent complexité, pudeur et identité. L’auteur nous sensibilise à l’importance d’une famille, et surtout d’un père qui est censé être le pilier sur lequel on peut se reposer. Ici, les choses sont inversées et nous comprenons à quel point la famille est ébranlée face à l’absence et au manque d’un éducateur. Mais Manu Joseph ne martèle-t-il pas, certes avec humour – mais l’on sent tout de même une blessure profonde en lui -, que les pères, jusque dans les années quatre-vingt-dix, ont été absents, imbibés d’alcool, des pères donnés par le gouvernement, selon sa boutade lors de la Table ronde à Lyon, mais aussi que les choses sont en train de changer dans l’Inde du nouveau millénaire ?

Lysiane S

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