Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, Non classé, ARTICLE, L'aventure de la pensée

Quand on y pense (si on peut l’exprimer ainsi), notre pensée peut nous emmener très loin. Suivez le fil d’une de vos conversations, et vous verrez que rapidement, vous vous serez bien éloignés de votre point de départ. Voilà donc ce qui donne le titre de cette conférence, L’aventure de la pensée, au cours de laquelle se sont retrouvé l’écrivain néerlandais Cees Nooteboom, accompagné de Philippe Noble qui traduit ses œuvres en français, et l’historien Georges Vigarello. Car après tout, penser, c’est aussi réfléchir à différents thèmes. Guidés par l’animatrice Margot Dijkgraaf, chaque invité a donc détaillé son mode de pensée.

Georges Vigarello, ou la pensée rigoureuse de l’historien

Georges Vigarello détaille en premier le mode de pensée qu’il suit dans son travail d’historien. Il s’intéresse en effet à l’histoire du corps dans les différentes cultures ce qui va donc demander un cheminement particulier de la pensée. Il lui faut tout d’abord se défaire de ses repères pour prendre ceux de la culture et du temps qu’il étudie : impossible de comprendre une civilisation asiatique depuis nos modèles occidentaux, et même impossible de comprendre la France du XVIIe siècle depuis nos repères du XXIe siècle. L’historien doit également appuyer sa pensée sur de nombreuses sources, qui peuvent être la littérature, puisque les auteurs écrivent toujours dans un contexte bien précis et traduisent le monde dans lequel ils vivent. Mais encore faut-il savoir interpréter ces sources correctement afin que la pensée ne se perde pas sur une fausse piste : faire parler les silences et atténuer les « surbavardages » d’un texte sont des éléments très importants dans le cheminement de la pensée de l’historien. Il lui faut également « orchestrer » toutes les sources dont il dispose : même si certaines disciplines ne convergent pas toujours, la pensée peut, avec un peu de travail, trouver, dans chacune d’elle, quelque chose qui l’oriente sur des chemins convergents.

Cees Nooteboom, ou la pensée « sur le coup »

A son tour, Cees Nooteboom présente son mode de pensée, si tant est qu’on puisse nommer cela un mode. En effet, pour lui, l’idée vient « par manque d’idées » : il écrit dans ses romans ce qu’il pense sur le moment, et parce qu’il ne pense pas à autre chose, bien loin de la rigueur de Georges Vigarello. Lisant le début de son roman Le Chant de l’être et du paraître, qui lui donne d’ailleurs l’occasion de tester les compétences de la salle en traduction du hollandais, il raconte ainsi comment un écrivain, personnage principal du roman, construit l’histoire de ses personnages dans un roman, personnages qu’il croit voir dans la rue. La confrontation entre écrivains qui constitue l’incipit du roman pourrait d’ailleurs presque rappeler la confrontation entre penseurs de la conférence. Il ne sait d’ailleurs plus trop pourquoi il s’est lancé dans la rédaction du livre Tombes, tour d’horizon de quatre-vingt-trois tombes d’auteurs. « Peut-être pour avoir une autre vision d’eux ». Quoi qu’il en soit, lorsqu’on lui demande si la vie d’écrivain consiste à écrire tout le temps, quel types de textes… bref, s’il aurait des conseils à donner à des écrivains en herbe, il se voit bien obligé de dire que tout dépend des voyages que l’on effectue et expériences que l’on vit, et qu’il n’y a pas vraiment de recettes.

Tombe de Marcel Proust au Pere Lachaise

Tombe de Marcel Proust au Père Lachaise (Photo d’Olivier Bruchez)

Qu’est-ce qui peut bien pousser à écrire un livre entier sur des tombes comme celles-ci ?

Ces deux auteurs nous auront ainsi présenté deux modes de pensée bien différents : l’un extrêmement rigoureux et l’autre beaucoup plus libre, prêt à tout. Mais après tout, cette différence s’explique par le but de chacun : l’un veut produire un livre qui se veut exact, l’autre ce qui lui passera par la tête. Chacun est finalement libre penser ce qu’il veut et de la manière dont il le veut : comme le disait Julos Beaucarne, « nous sommes tous et toutes des radios libres ».

Corentin, CSI

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