La tolérance : « une vertu plus nécessaire que jamais »

Ceci est une publication. Par Agathe Gouesmel / Sciences Po Lyon

Projet : L'œil des étudiants


La tolérance, une condition pour un vivre ensemble ? C’est la question que se sont posés le philosophe Makram Abbès, la professeure de littérature Claude Habib et l’historien Jean-Marie Le Gall réunis à l’Opéra de Lyon ce mercredi 20 novembre. Pour clôturer cette semaine de conférences intitulée « (Re)faire société : mode d’emploi ».

Comme le disait Paul Claudel : « La tolérance ? Il y a des maisons pour ça ! ». C’est sur ce trait d’humour que l’historien Jean-Marie Le Gall entame le débat, en tentant de répondre à la question : quel sens a eu le mot « tolérance » dans le temps ?

En matière d’étymologie, les trois spécialistes se sont accordés à rappeler que « tolérer » a d’abord signifié « supporter ». Tolérer, c’est donc au départ ravaler son dégoût face à un comportement différent, à des coutumes contraires aux nôtres, en les subissant.

Quand on parle de tolérance, on ne peut pas éviter d’évoquer le sujet des religions. A tel point que ce fut le point principal de ce débat. Historiquement, la religion catholique a été la croyance dominante en France. Au XVIème siècle notamment, elle faisait « le lien entre les acteurs d’une même société », rappelle Jean-Marie Le Gall.

Plus qu’une unité de foi, la religion catholique constituait une clef de voûte sociale et politique. Lorsque le protestantisme s’est installé en France, tout l’équilibre a été ébranlé. « Comment faire face à l’altérité ? », voilà une des questions majeures de cette conférence.

L’Histoire montre que le choix de brûler les opposants protestants a fait d’eux des martyrs, figures « idéales » pour faire ensuite du prosélytisme. C’est donc au moment où, constatant que la persécution n’arrangerait pas la situation, les catholiques ont du apprendre à accepter la différence que la tolérance a été vue comme une vertu pour la première fois.

Et aujourd’hui ?

Avant le XVIIème siècle, le concept de « tolérance » est inexistant. Cela concorde avec la fin des guerres de religion en France, et ce n’est pas sans lien. Selon les trois intervenants, la raison de cette apparition tardive est simple : la tolérance n’est pas une vertu dont on se vante. Comment s’enorgueillir d’avoir simplement ravalé son mécontentement face à un comportement différent du sien ? Alors que l’on pouvait se vanter d’être courageux ou chaste, il semblait peu valorisant de se prétendre tolérant.

De nos jours, la religion n’est plus aussi prépondérante dans nos vies. Elle ne fonctionne plus comme un lien social fort, elle ne nous lie plus comme il y a quelques siècles.

Tolérer demande donc des efforts : il nous faut constamment contrôler nos aversions personnelles.

« Aujourd’hui, tout le monde tolère », affirme Makram Abbès, « on tolère, mais par la force des choses. »

Nous acceptons tous les désagréments de la vie en communauté, à contrecœur.

Claude Habib, spécialiste de littérature, préfère définir la tolérance comme un antagoniste de l’aversion. « Ce qui nous réunit ne pose pas de problème de tolérance », affirme-t-elle. En effet, comment sentir que l’on a besoin de tolérer quelque chose qui nous semble naturel ? Il y a donc bien un lien avec une gêne, un dégoût face à ce qui nous est étranger.

Une vertu à développer 

Pour les trois intervenants, il semble évident que de nos jours, la tolérance est une vertu à cultiver plus que jamais. Parce que de plus en plus de sujets nous poussent à identifier de nouvelles altérités et à vivre avec, il est devenu essentiel de trouver un mode de vie qui les intègre. Veganisme, mariage pour tous, PMA pour toutes les femmes, adoption pour tous les couples homosexuels… Les domaines où notre degré de tolérance doit s’ajuster pour accepter de nouvelles différences sont de plus en plus nombreux et de plus en plus médiatisés. La simple évocation du port du voile dans le débat et ses vives réactions montrent justement la tolérance peut avoir des limites pour certains.

En conclusion de ce débat, Jean-marie Le Gall revient sur ce qu’est la « bonne » tolérance : celle qui est assujettie à la raison.

« Il est impossible de tolérer l’intolérable », lance-t-il en condamnant ceux qui, au nom d’une très grande tolérance donne une excuse aux actes les plus abjects.

« Tolérer l’intolérable, c’est synonyme de cruauté, et donc de lâcheté », s’accordent à dire les trois intervenants.

Le mot de la fin est donné à Jean-Marie Le Gall, qui cite Kant : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ».

Pour réécouter la conférence, cliquez ici

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