Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, ARTICLE, L'oracle et le médecin

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Ukn1EI_wVro

De nos jours, les relations médecins-patients sont souvent le sujet de débats. D’un côté, de nombreux patients se sentent incompris voire lésés par leurs soignants. Ils trouvent que la façon d’être soignée est déshumanisée et déshumanisante, les soins aux urgences sont rapides et impersonnels, il faut attendre longtemps avant de voir un médecin, qui ne soulage pas forcément le patient.

D’un autre côté, les soignants se plaignent du manque de moyens auxquels ils font face, et du manque de compréhension des malades.

Sur ce sujet, nous avons vu le film Hippocrate de Thomas Lilti, en salle le 3 septembre 2014, qui montre le quotidien d’un service d’hôpital à travers l’histoire d’un jeune interne. Il met en lumière les difficultés que rencontre le personnel hospitalier au quotidien, notamment à cause des coupes budgétaires qui détériorent le matériel. Cela joue sur la relation avec le patient, le personnel devenant moins attentionné. Malgré tout, on voit dans le film que médecins et infirmiers s’entraident pour soulager à tout prix les malades et créer avec certains d’entre eux des relations particulières.

Comment ces relations ont-elles pu autant se dégrader?

Il faut savoir que dans les années cinquante, la profession de médecin était une profession très réputée et enviée, et les médecins étaient toujours respectés par leurs patients. La situation a évolué et même si le métier de médecin est toujours perçu comme une profession valorisée et valorisante, on voit que les patients n’hésitent plus à contredire ou à critiquer leur médecin traitant. Certains médecins, comme Baptiste Beaulieu, témoignent de ces changements, dans son blog Alors voilà.

Peut-on expliquer ces tensions par la montée de l’individualisme, où chaque soigné souhaite un suivi personnalisé, alors que les médecins ont de plus en plus de patients? En tout cas, si l’on trouve de nombreux textes sur le non respect du médecin envers le patient, il semble plus difficile d’en trouver dans l’autre sens.

Quelles sont les solutions pour améliorer ces relations? Peut-être faut-il compter sur un effort du médecin comme des patients pour justement faire preuve de patience, afin de rendre les relations et le soin plus facile…. Le manque de dialogue semble finalement être une barrière entre les patients et leur médecin, comme le montre cet article.

Les conditions économiques et sociales ont peut-être joué un rôle dans ces changements. Comme le montre le film Hippocrate, la surcharge de travail est de plus en plus importante à l’hôpital avec des conditions de travail de plus en plus tendues (moins de personnels, des statuts dans l’ensemble des équipes médicales très différents et hiérarchisés, surcharge de travail, matériel vétuste…). Faut-il plus de moyens humains, matériels pour améliorer cette relation?

 

N. Guinard

 

 

 

12 Réponses à “La relation patient-médecin: de l’eau dans la gaze?”

  1. Anne

    Ne pensez-vous pas que la formation des médecins (aujourd’hui recrutés dans les séries scientifiques essentiellement, ce qui n’était pas le cas autrefois) peut être pour quelque chose dans la mauvaise qualité des relations patients-médecins? Cette relation passe de plus en plus par la technique (radios, scanners, IRMs
    , analyses…) avant de passer par le contact. Les médecins aujourd’hui ne sont-ils pas ‘victimes’ de trop de nouvelles techniques, de statistiques et ne délaissent-ils pas, pour certains, le dialogue, qui a un rôle important dans la thérapie?

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  2. Terminale ES Lycée Saint Exupéry

    Bonne analyse, très intéressant, constructif. Et concernant le commentaire de Anne, le métier de médecin reste un emploi très difficile et on ne peut pas tout leur reprocher. Il doit rester professionnel mais le contact reste important. Anna et Jassemine.

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  3. Eve

    Effectivement, les connaissances et la technique prennent le dessus sur les relations sociales dans le domaine médical. Peut-être faudrait-il former les étudiants (futurs médecins) aux sciences sociales voire à la psychologie pour mieux comprendre les émotions que les patients peuvent ressentir et renforcer le lien entre ces deux acteurs.

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  4. Thomas

    Votre article soulève des questions fondamentales sur le sujet délicat qu’est cette relation qui peut être conflictuelle entre le médecin et le patient, notamment celles concernant le dialogue « mort ».

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  5. Charlotte Bé

    Article intéressant. Cependant, je pense que si cette relation (patient-médecin) a évolué, une des raisons est l’évolution de notre société. En effet, ayant un accès plus privilégié aux informations (ici médicales) nous sommes plus à mêmes d’exiger plus de notre médecin. De plus, lorsque nous sommes plus informés, nous avons généralement plus peur de la maladie, ce qui peut parfois entrainer des comportements impulsifs.
    Enfin, je pense qu’il est toujours d’actualité le fait d’honorer le métier de médecin ( étude difficile, métier valorisant, …) même si il est critiquable car nous ne recevons pas les réponses,traitements,résultats espérés..

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  6. Jean Mich

    Très bien écrit, bonne réflexion sur un sujet d’actualité. Travaillant moi-même dans le milieu médical, vous mettez le doigt sur un vrai problème de société. Bravo !
    Jean Mich 🙂

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  7. Pedro

    Ola ! Je suis originaire d’Espagne et dans mon pays, le domaine médical est en réelle crise. De ce fait, j’apprécie que la jeunesse se questionne sur des sujets qui les concernent. Muchas Gracias !

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  8. Isa

    Des qualités journalistiques indéniables, et un sujet intelligemment traité, pour un article aussi brillant que constructif, en un mot : « bravo »!

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  9. Duperret Serge

    Monsieur,

    merci pour toutes les questions que vous posez, car elles marquent l’intérêt que la société civile porte aux questions de santé. En somme, la santé est-elle une priorité, une orientation incontournable pour une nation?
    Je vous rassure, le métier de médecin reste passionnant et motivant. Certes, des médecins sont agressés (généralistes ou urgentistes), critiqués (pourquoi échapperions-nous à la critique?), le « pouvoir médical » est battu en brèche. Mais, la relation médecin-malade n’est pas toujours aussi dégradée que l’on veut bien le dire. Ce qui est vraiment nouveau et qui a dégradé cette relation, est le consumérisme médical. L’individu moderne (vous faites référence à l’individualisme grandissant et vous avez raison) consomme du soin, comme il consomme un bien quelconque. Pour se rassurer, souvent, pour satisfaire à une tendance sociétale, et je pense à certains actes de chirurgie fonctionnelle, ou en réponse à une offre de soin excessive par rapport à la demande. Nombre d’examens radiologiques ne devraient pas être réalisés aussi rapidement. En effet, si vous vous faites une banale entorse et que les symptômes restent supportables, la bonne attitude est de vous reposer, d’immobiliser l’articulation et …d’analyser le caractère évitable ou non de votre accident afin de ne pas vous blesser à nouveau. Si vous exigez de votre médecin d’obtenir une solution immédiate, que va-t-il faire? Prescrire une IRM. Et là, le consumérisme débute. Il n’est pas rare de trouver une anomalie sur ces images, sans que celle-ci soit nécessairement en rapport avec vos symptômes. Traiter l’anomalie devient une nécessité pour l’individu anxieux et pressé, et il parviendra bien à trouver un chirurgien qui avancera les arguments pour opérer. Lisez M. Foucault et Naissance de la clinique et vous comprendrez que la médecine est tombé dans le piège du « voir c’est savoir ». L’offre médicale en imagerie est telle, qu’aucune parcelle de votre corps ne peut être tenue au secret. Si vous exigez du médecin qu’il vous explore, il finira par le faire et ce serait bien un hasard si une anomalie n’était pas décelée. Autre exemple, la chirurgie du sein chez les jeunes femmes qui ne souffrent d’aucune disgrâce, sinon de ne pas ressembler au modèle désigné dans la presse people. Vous citez l’encombrement des services d’urgence. Il est réel. Mais la plupart des consultations dans ces services ne sont pas en rapport avec des urgences médicales ou chirurgicales, mais avec des besoins urgents d’être pris en charge, ressentis par des individus pressés.
    Pour résumer mon propos, je dirai que la médecine a répondu à une demande de soins qui ne correspondait pas toujours à la réalité d’une pathologie, mais à une demande de reconnaissance d’un individu post-moderne une peu « perdu ». Il est, dès lors, inévitable que les rapports entre la population et les médecins en soient affectés. Heureusement, il est des domaines où l’on soigne sans que ces considérations d’offre et demande n’interviennent : le métier de médecin garde alors tous ses attraits, enrichis des progrès techniques des dernières décennies.
    Dr Duperret Serge Hôpital de la Croix-Rousse

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