Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, RESSOURCES, Vivre dans une société plurielle

A la Croisée des Mondes, Le Choc des Titans …tant de titres d’œuvres cinématographiques déjà distribuées qui auraient pu convenir à ce film : Just a Kiss, de Ken Loach. Le principe est simple, et tout devient compliqué. Le problème est fondamental, mais les solutions semblent écrasées, acculées dans une impasse…
Tout est dit dans le titre. Just a Kiss, « rien qu’un baiser », un petit rien qui bouleverse nombre de vies. Tout se déroule au Royaume-Uni : Casim Khan, émigré pakistanais de la deuxième génération, tombe éperdument amoureux de Roisin, jeune enseignante britannique. Où est le problème ? Casim vit selon les codes que lui a transmis sa famille – la tradition, la religion et la famille passent par-dessus tout, l’obéissance et l’apparence sont la base d’une harmonie voulue stable et pérenne – tandis que Roisin est une femme moderne – émancipée et libre de ses choix, embrassant les joies de la jeunesse et de la liberté d’enchaîner les relations amoureuses.

Là est le dilemme : comment concilier ces deux formes de sociétés – moderne et traditionnelle – qu’en théorie tout oppose ? Comment Casim peut-il faire comprendre, voire accepter, à ses parents qu’il ne veut pas épouser sa cousine Jasmine, qu’il veut quitter le nid, déchirer le cocon familial pour s’épanouir aux côtés de Roisin ? De son côté, comment Roisin peut-elle comprendre ce que vit Casim, elle qui mène une vie si éloignée de la sienne ..? Comment est-elle censée prendre ces périodes d’hésitation qui rongent Casim et la consument ?

Ken Loach n’épargne pas ses protagonistes, qui passent par tous les sentiments, des meilleurs aux plus sombres. Il tire les ficelles qui font s’éloigner, se rapprocher les deux amoureux ; crée ces frictions qui font imploser la famille de musulmans pratiquants et exploser le couple d’amants aspirants.

Mais au milieu de ce Guernica contemporain, peut-on distinguer un véritable cloisonnement entre société traditionnelle et société moderne ? Just a Kiss, ce simple baiser nous fait réaliser que rien dans les relations entre les hommes ou entre les groupes d’hommes n’est immuable, tout est sans cesse en mouvement invisible, un mouvement qui nous dépasse, une force que l’on peine à imaginer, telle une incommensurable plaque tectonique qui se déplacerait en emportant tout avec elle. D’un côté, la société traditionnelle ne permet pas d’éviter la confrontation des ambitions des jeunes aux préoccupations de leurs parents – la sœur de Casim doit faire face au refus de ses parents quand elle supplie pour poursuivre les études de journalisme qui lui tiennent à cœur – ; de l’autre, l’émancipation et la liberté d’une société moderne ne semblent pas satisfaire tous les besoins des individus pour qui la religion garde une place importante – Roisin enseigne dans une école privée catholique et tient à son emploi, qu’elle ne peut garder que si elle respecte une certaine conduite validée par un représentant de l’Eglise.

Alors que leurs vies s’arrêtent à cette intersection, les deux jeunes adultes et leur entourage prendront des décisions qui changeront leur vie à jamais.
Adrien Debas, TL1

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