Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, ARTICLE, Grand entretien : Maurice Godelier

Aucun destin biologique ne définit la figure que revêt « le premier sexe » au sein des sociétés. Mais cette figure est parfois formée dans la violence, réelle ou symbolique, dans la précipitation et/ou dans la dénégation du deuxième sexe. Faut-il pour autant en faire le produit d’un choix?

 

 

  ♦ Ré-enfanter les garçons. Chez les Baruya, une tribu de Nouvelle-Guinée que l’anthropologue Maurice Godelier a étudiée, on ne naît pas homme, on le devient. Soucieux de perpétuer la domination masculine, jaloux du pouvoir des femmes d’enfanter des garçons, les hommes séparent brutalement les garçons de leur mère à la puberté et les ré-enfantent, en leur faisant ingérer la semence de leurs aînés.

 

 

Casuarius_bennetti

Casoar de Bennett : dans l’univers mental des Baruya, cet animal symbolise le monde féminin. Les chasseurs de casoars sont par conséquent considérés comme de grands hommes.

 

 

♦ Recevoir l’esprit de l’ancêtre: chez les Inuit, le nouveau-né reçoit l’âme-nom de la dernière personne de la famille décédée. Garçon, il peut ainsi être désigné, éduqué, vêtu comme une fille jusqu’à la puberté.

 

 

Enfants inuits, 1925. Wikipédia commons

Enfants inuits, 1925. Wikimédia commons.

 

 

♦ Subir l’opération définitive dès la naissance: la hâte avec laquelle les médecins assignaient un sexe à l’enfant inter-sexe jusqu’aux année 90 témoigne de la crainte du regard social porté sur ces enfants d’un nouveau genre.

 

♦ Changer de genre sans changer de carte d’identité: en 1992, le juge français a dû s’incliner, suite aux sanctions de la CEDH. Les transsexuels ont un droit reconnu à la rectification de leur état civil.

 

♦ Réaliser le rêve de la couvade: associé à des coutumes médiévales ou primitives, le rêve de la couvade semble être devenu réalité depuis que Thomas BEATIE a porté ses trois enfants.

 

Les sociétés peuvent-elles et doivent-elles dépasser le clivage masculin/ féminin? A quel prix?

 

 

« Parenté, famille, interdits sexuels » : conférence de Maurice Godelier donnée à l’Université de tous les savoirs en 2005.

 

 

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