Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, ARTICLE, La maladie : entre l'imaginaire social et le fait politique

Ebola, la fin d’un monde ?

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Image du virus

O.M.S. 02 08 2014

Un problème de représentations ?

Si l’on se place du point de vue de la médecine avec ses exigences pour endiguer le virus Ebola ou si l’on tente de saisir le regard des populations d’Afrique de l’Ouest, force est de constater la différence de leurs compréhensions respectives de la maladie. La représentation faisant référence à la relation d’un sujet face à un objet, comment le virus peut-il permettre une convergence des approches ? Ce que voit le corps médical au nom des problèmes de santé publique diverge totalement de la façon dont la population saisit la maladie.

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The fight against Ebola in West Africa

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Les attentes, les affects, les croyances d’une part et les exigences rationnelles ne s’opposent-elles pas en mettant face à face deux mondes qui ne peuvent plus communiquer ? On peut penser ici à la manière dont Michel Foucault analyse la psychiatrie, comme une manière de nier la folie.

« De langage commun, il n’y en a pas ; ou plutôt il n’y en a plus ; la constitution de la folie comme maladie mentale, à la fin du XVIIIe siècle, dresse le constat d’un dialogue rompu, donne la séparation comme déjà acquise, et enfonce dans l’oubli tous ces mots imparfaits, sans syntaxe fixe, un peu balbutiants, dans lesquels se faisait l’échange de la folie et de la raison. Le langage de la psychiatrie, qui est monologue de la raison sur la folie, n’a pu s’établir que sur un tel silence. « 

(Préface ; in Foucault (M.), Folie et Déraison. Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Plon, 1961, pp. I-XI. Cette préface ne figure dans son intégralité que dans l’édition originale. À partir de 1972, elle disparaît des trois rééditions. Dits Ecrits tome I texte n°4)

 

La peur de la maladie et la peur du médecin se confondent.

Endiguer la propagation du virus exige des contraintes auprès des malades ou de leurs proches qui laissent apparaître la toute-puissance d’une raison contre les coutumes, les convictions intimes qui donnent à une communauté son lien le plus profond et sa légitimité. La raison ne peut triompher qu’en s’imposant contre un certain ordre qu’elle remet en question. Pour ce faire, dans sa prise en charge du virus Ebola elle n’est pas sans nourrir une peur généralisée qui s’étend bien au-delà des êtres directement concernés par la maladie. On peut toutefois s’interroger sur l’efficacité de cette passion. 

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« Je crois qu’il n’y a pas autre chose dans la peur qu’une agitation sans résultat, et que la méditation augmente toujours la peur. Les hommes craignent la mort dès qu’ils y pensent ; je le crois bien ; mais que ne craignent-ils pas, dès que leur pensée se perd dans de simples possibles ? (…) » Propos sur le Bonheur, Alain, folio essais, p.44

Dépassons la peur par le dialogue.

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Il faudrait pourtant s’efforcer de dessiner une approche commune issue d’un dialogue entre ceux qui représentent l’ordre médical et les peuples qui à travers cette expérience douloureuse de la maladie ont besoin de conserver leur identité.

 

 

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