Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, RESSOURCES, La maladie : entre l'imaginaire social et le fait politique

Le virus Ebola a fait 3 338 morts en Afrique de l’Ouest sur 7 178 cas enregistrés dans cinq pays (Sierra Leone, Guinée, Liberia, Nigeria, Sénégal), a indiqué l’Organisation mondiale de la santé mercredi 1er octobre. Ce dernier bilan, arrêté au 28 septembre, est publié alors que le premier cas d’infection par le virus Ebola diagnostiqué hors d’Afrique a été détecté aux Etats-Unis. Contrairement aux quatre soignants successivement rapatriés du Liberia, il s’agit cette fois d’une personne qui était arrivée à Dallas (Texas) le 20 septembre en provenance de ce pays, sans présenter le moindre symptôme de la maladie.
Ce n’est que quatre jours plus tard que les premiers signes ont commencé à apparaître. Le patient, dont la nationalité n’a pas été rendue publique par les autorités américaines, a été hospitalisé et placé en isolement le 28 septembre au Texas Health Presbyterian Hospital de Dallas. Un cas importé de fièvre Ebola qui soulève des questions.

Y a-t-il eu un défaut dans la détection de ce cas ?

La personne a pris un VOL au départ de Monrovia, la capitale libérienne, le 19 septembre et elle est arrivée le lendemain à Dallas. Elle ne présente, alors, aucun des symptômes évocateurs de l’infection par le virus Ebola (température, vomissements, diarrhée, douleurs musculaires…). Les mesures prises concernant les passagers embarquant pour un vol au départ d’un pays où l’épidémie est active comprennent un questionnaire ainsi que la prise de la température. Il n’y a donc rien de surprenant à ce qu’un passager ne présentant aucun symptôme ait pu embarquer après avoir satisfait à ces obligations et débarquer sans encombres.

Une fois à Dallas, où il séjournait dans sa famille, le patient a commencé à présenter des signes le 24 septembre. Il s’est rendu en consultation au Texas Health Presbyterian Hospital où il a été examiné puis renvoyé chez lui avec une prescription d’antibiotiques. La question peut être légitimement soulevée de savoir si des signes, même non spécifiques, chez une personne arrivée quelques jours auparavant du pays le plus fortement touché par Ebola n’auraient pas dû motiver immédiatement un test diagnostique pour cette maladie.

Deux jours plus tard, les symptômes s’étant majorés et son état s’étant aggravé, le patient a été transporté en ambulance au Texas Health Presbyterian Hospital, où, cette fois, il a été placé à l’isolement. Les prélèvements sanguins sont arrivés mardi 30 septembre dans un laboratoire texan agréé par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et un test réalisé le jour même a établi un diagnostic de fièvre Ebola.

Le patient a-t-il pu contaminer d’autres personnes ?
Le directeur des CDC a été formel : il est établi qu’une personne infectée ne devient contagieuse que lorsque les signes de la fièvre Ebola apparaissent. Le délai d’apparition des signes, à l’issue de la période d’incubation est le plus souvent de 8 à 10 jours, mais l’incubation peut varier de 2 jours à 21 jours. En conséquence, il n’est pas nécessaire de soumettre à une surveillance les personnes ayant voyagé dans le même VOL que le patient infecté.

La contamination ne se produit que lors de contacts proches avec les fluides corporels d’une personne infectée (sueurs, salive, vomissements, selles, sperme – jusqu’à trois mois après la fin des symptômes pour ce qui est du sperme). Les CDC, qui ont dépêché une équipe à Dallas, et les autorités locales ont entrepris d’identifier toutes les personnes ayant été en contact avec le patient infecté à partir du moment où les symptômes sont apparus. Ce sont principalement les membres de sa famille qui l’hébergeaient, des voisins et les personnels soignants qui l’ont examiné le 26 septembre puis le 28 septembre, jour où il a été placé en isolement. Selon le directeur des CDC, le Dr Thomas Frieden, cela représente une poignée de personnes. Un proche de la personne contaminée est d’ailleurs suivi de près. Le directeur des services de santé du comté de Dallas a indiqué sur une chaîne de télévision locale qu’il s’agissait « peut-être d’un autre cas d’Ebola ».

Mercredi, le gouverneur du Texas a indiqué que le patient avait aussi été en contact avec de jeunes enfants. Ces derniers ont été placés sous surveillance étroite pour « détecter d’éventuels symptômes de la maladie ».

Combien de temps va durer la surveillance des personnes ayant été en contact avec le malade ?
La durée de la surveillance sera de trois semaines, puisque c’est le délai maximum d’incubation pour la fièvre Ebola. Un numéro d’appel a été mis en place par le CDC pour répondre aux demandes d’information. Si une personne en contact se révélait infectée, il faudrait alors l’isoler et identifier les personnes qui auraient été en contact proche avec elle, afin de surveiller à nouveau chez elles pendant trois semaines l’éventuelle apparition de symptômes d’Ebola.

Sait-on comment ce patient a été infecté ?
Le directeur des CDC a indiqué, le 30 septembre que la manière dont cette personne a été infectée n’est pas connue. La seule précision apportée est qu’il ne s’agit pas d’un professionnel de santé.

Comment le patient va-t-il être traité ?
Le patient est en soins intensifs. Le traitement repose avant tout sur la réhydratation et la compensation des pertes en électrolytes (sodium, potassium…) provoquées par les vomissements et la diarrhée. Il n’est pas exclu que certains des traitements expérimentaux, dont l’efficacité n’a pas encore été démontrée, soient utilisés. Cela n’a pas été précisé par les CDC.

Les Etats-Unis étaient-ils prêts à faire face à un tel cas ?
Un plan de réponse à l’importation de cas de maladies infectieuses graves et à potentiel épidémique existe aux Etats-Unis, comme dans d’autres pays, dont la France. Les structures hospitalières sont à même de placer en isolement une personne considérée comme un cas possible et les capacités d’enquête épidémiologiques permettent de retracer les contacts qu’a pu avoir le malade au cours de la phase contagieuse.

L’épidémiologiste du Texas Health Presbyterian Hospital, le Dr Edward Goodman, a indiqué, mardi 30 septembre :

« Nous avions un plan en place depuis quelques temps pour un patient avec une suspicion d’Ebola. Ironie du sort, nous avons tenu une réunion de toutes les parties concernées une semaine avant que ce malade ne se présente. Nous étions bien préparés à prendre en charge ce patient. »
Le directeur des CDC a déclaré n’avoir aucun doute sur la capacité à empêcher la propagation du virus aux Etats-Unis.

Le Monde

Par Paul Benkimoun

 

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