Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, ARTICLE, Débats citoyens

Au cours de sa conférence, Daniel Soulié a dressé un parallèle intéressant entre le Centre Pompidou de Metz, construit en 2010, et le Louvre-Lens, bâti en 2012. En apparence, ces deux édifices sont très différents l’un de l’autre. Ces deux projets sont pourtant partis d’une même idée : décentraliser un grand musée parisien qui a du succès dans une ville pas ou peu touristique. A travers cet article, nous allons tenter de replacer ces projets dans leur contexte pour mieux cerner leur différence en termes d’impact territorial.

D’anciens bassins industriels au destin incertain

En effet on peut dire que Lens et Metz sont en perte de vitesse économiquement parlant. Elles subissent la crise industrielle qui frappe durement les territoires du Nord et de l’Est de la France depuis la fin des Trente Glorieuses. On peut donc s’étonner du choix de ces localisations pour des musées à l’architecture postmoderne, qui sembleraient plutôt destinés à enrichir des métropoles au secteur tertiaire florissant. Mais ces deux villes sont desservies plus ou moins bien par le TGV national et international et sont au cœur de l’Europe.

Le Centre Pompidou de Metz : un coup d’épée dans l’eau ?

Il est vrai que Metz a une mauvaise liaison avec l’Allemagne qui pourtant pourrait représenter un nombre non négligeable de visiteurs. La ville a pour projet un nouveau quartier, celui de l’Amphithéâtre, qui intégrerait le centre Pompidou en tant que moteur. Mais ce projet met du temps à se concrétiser puisque le musée, établi sur une ancienne friche ferroviaire, se trouve pour l’instant au milieu d’un champ avec rien autour. Pourtant le musée dispose de plusieurs atouts comme par exemple sa proximité avec la gare ou le centre ville où se trouve la cathédrale gothique visible depuis le musée qui pourrait inciter les visiteurs à découvrir plus en profondeur la ville. De plus le centre Pompidou à Paris, qui inspire celui de Metz, dispose de la première collection d’art contemporain en Europe. Les commerçants se sont vraiment investis dans le projet puisqu’ils se sont initiés à l’art ou encore ont traduits leurs cartes et brochures en plusieurs langues. Concernant les matériaux et l’architecture choisie par l’agence d’architecture chinoise Shigeru Ban, ils posent comme problème : la viabilité du bois qui pourrait se détériorer ou encore la forme particulière (très futuriste) du centre qui ne s’intègre pas dans le paysage. Inauguré en 2010, le musée a attiré 800000 visiteurs la première année mais depuis 2012 leur nombre est en constante diminution.

Le Louvre-Lens, ou le choix d’un ancrage territorial fort

On peut dire que le Louvre-Lens apprend des erreurs et des réussites du centre Pompidou de Metz. La décentralisation du Louvre affiche pour objectif un véritable impact social : les candidatures de villes comme Marseille, Lyon et Montpellier sont immédiatement écartées. C’est pourquoi le choix de placer le musée au milieu des corons, en plein cœur du bassin minier classé au patrimoine mondial de l’UNESCO montre que la région Nord-Pas-de-Calais est une région tournée vers l’avenir, la culture et qui a le plus de jeunes en France. On remarque donc que même si la région a souffert de toutes les crises et les guerres, elle a réussi à retrouver un dynamisme exceptionnel qui en ont fait un lieu parfait pour le Louvre qui connait par exemple un fort succès auprès des établissements scolaires. Enfin son architecture de verre et de lumière montre la volonté qu’avait l’agence japonaise SANAA d’imaginer une architecture contemporaine mais en continuité avec le paysage. Très sobre, épuré, le musée est vraiment intégré à la ville, puisqu’il est possible de le traverser pour rejoindre différents quartiers de la ville. C’est donc un musée qui a su prendre part a la vie quotidienne des habitants et qui l’a amélioré au lieu de devenir une charge. Certaines collections permanentes comme la Galerie du Temps sont gratuites. C’est un musée ouvert sur la ville. On voit ce succès grâce aux quelques 900000 visiteurs après une année d’ouverture et une prévision de 500000 visiteurs par an dans le futur.

Pour finir, même si ces deux projets connaissent un succès variable et restant à confirmer, ils permettent pourtant tous les deux de proposer une nouvelle façon de voir les collections en dehors de Paris. Leur présence confère un rayonnement européen à des villes moyennes qui ont grandement besoin d’un nouveau souffle.

 

Article publié par Cyrielle Cadot et Victoria Issartel

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