Écrit en rapport avec Mode d'emploi 2014, RESSOURCES, Pourquoi la philosophie raconte-t-elle des histoires ?

Candice et Naomi, Fable des porcs épics, Schopenhauer

 

La fable des porcs épics a été écrite par Arthur Schopenhauer ; grand philosophe connu pour son pessimisme. Dans cette fable, il décrit avec ironie les relations sociales en comparant les hommes à des animaux ; dans notre cas, des hommes avec des porcs épics.

Cette fable nous conte l’histoire de plusieurs porcs épics, qui, pendant une journée d’hiver voulaient se réchauffer en se serrant les uns contre les autres. Le problème est, qu’ils étaient tiraillés entre deux souffrances : d’une part le fait que leurs piquants faisaient mal aux autres porcs épics et d’autre part que s’ils s’éloignaient trop du groupe, ils avaient très froid.

Le fabuliste avec cette fable, nous montre que l’homme a besoin d’un groupe. Mais il compare ici les piquants, – un attribut naturel, qui empêche les procs-épics de réaliser leur volonté- aux « qualités repoussantes » et aux « innombrables défauts » des hommes qui constituent un obstacle à la réalisation de leur volonté. On peut penser à l’ensemble des passions sociales qui agitent les hommes, telles que l’ambition, la jalousie, l’orgueil etc… Les hommes manifestent ainsi une ambivalence dans leurs relations avec les autres : ils recherchent la compagnie les uns des autres mais ne supportent pas les traitements qu’ils s’infligent en se fréquentant. On peut évoquer par exemple le désir de domination qui incite chacun à exiger l’admiration des autres sans prendre conscience que ce désir ne peut être satisfait pour tous en même temps. D’après l’auteur, « la vie oscille comme un pendule, de droite à gauche, entre la souffrance et l’ennui » et on retrouve en partie cette idée sa fable, c’est pour cela qu’il dit que les porcs épics « étaient ballottés deçà et delà entre les deux souffrances ». Les deux souffrances des porcs-épics viennent d’une part du froid qui pourrait être mortel et d’autre part des piqûres que leurs piquants, hérissés lorsqu’ils s’approchent les uns des autres. La souffrance du froid peut correspondre à la souffrance de la solitude, décelable dans le texte de Schopenhauer par « le vide » et « la monotonie de leur propre intérieur ». L’homme seul souffre de sa propre vanité ou vacuité. Il n’est pas intéressant en lui-même et s’ennuie. S’il n’est pas distrait par un autre, il ressemble à un porc-épic qui n’est pas réchauffé par un autre : il s’étiole et s’éteint. La seconde souffrance correspond aux maux que les hommes s’infligent en étant agressifs les uns envers les autres, en concurrence les uns par rapport aux autres, en une rivalité destructrice.

Dans cette fable nous voyons une évolution tout au long de l’histoire : de la ligne une à cinq, Schopenhauer parle plus précisément des porcs épics, puis de la ligne six à huit, il parle plus de l’homme et à partir de « découvrir » nous avons la réponse à la nécessité de trouver une « distance moyenne ». D’une part, l’auteur énonce une vérité générale (« le besoin de société » « pousse les hommes ») qui repose sur l’analyse de la nature humaine (« le vide et la monotonie de leur intérieur », « leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs innombrables défauts »). D’autre part, l’histoire des porcs-épics indique la nécessité de s’y reprendre à plusieurs fois pour trouver la bonne distance ; de la même façon, le mouvement de rapprochement et d’éloignement des hommes est décrit comme sempiternel. Les défauts des hommes « les dispersent de nouveau », alors que le désir de compagnie les rapproche et les hommes sont, comme les porcs-épics, « ballottés deçà et delà entre les deux souffrances » que nous avons précédemment analysées. L’homme ne peut pas renoncer à la compagnie des autres, mais il ne peut pas non plus supporter leur compagnie. Il est pris dans un système de double contrainte.

C’est donc avec cela que nous pouvons répondre à la question, « pourquoi la philosophie nous raconte-t-elle des histoires ». La philosophie raconte des histoires pour faire comprendre à ceux qui veulent comprendre d’où viennent les problèmes de la société ou ceux de la vie de tous les jours que l’on peut rencontrer. La philosophie est là pour nous apporter des « remèdes » et des connaissances pour pouvoir avancer dans notre quotidien. Pour que nous apprenions des choses et pour ne pas continuer la vie dans l’ignorance. Avec sa fable, Schopenhauer nous explique dans façon imagée le problème de l’homme pour s’intégrer dans un groupe. Il dit que « la politesse et les bonnes manières » sont le remède à cette difficulté d’intégration. Il faut respecter les autres et être poli pour que l’entente d’un groupe soit possible.

Un Réponse à “Analyser des histoires pour réfléchir à leur rôle philosophique : la fable des porcs épics”

  1. Coulibaly faignan Joël

    c’est une très belle fable que j’ai apprécié aussi j’ai choisit ce texte pour mon cours de philosophie sur la société en terminal. merci pour le commentaire qui permet de bien comprendre.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.