Graines de Lecteurs – écrits d’élèves – avec Brigitte Smadja – Ecole Aveyron

Ceci est une publication. Par l'équipe des médiations

Projet : Graines de lecteurs AIR CM / 6e


M. Denis Roche de l’Ecole Aveyron vous invite à découvrir l’endroit où en sont ses élèves de CM2 dans leur travail. Les élèves ont lu les livres de Brigitte Smadja et nous présentent ici des petites histoires en lien avec leur vécu lors du confinement et du déconfinement dans le cadre de la Crise Sanitaire du printemps que nous venons de traverser.

Bravo pour ce travail!

 

Avant le confinement, je me souviens…

La vie circulait normalement.

Il y avait des gens et beaucoup de bruit dans les rues. Chaque matin, je me réveillais, je voyais des bus.

Les bus et les métros étaient pleins. Les routes étaient bondées de voitures. Je me souviens de la pollution.

Les gens étaient bien serrés les uns contre les autres pour faire des courses.

Il y avait beaucoup de monde au Gros Caillou. Les gens étaient dans les bars en famille ou entre copains. Je voyais les gens aller au restaurant, dans les bars à côté de chez nous.

Des cyclistes roulaient des kilomètres entiers, des personnes jouaient au foot.

Les parcs étaient ouverts. On pouvait aller dans les parcs.

On pouvait faire plus de choses : se donner des rendez-vous, inviter nos copines et allerdormir chez elles, voir nos copains, allervoir nos grands-parents, notre famille, aller en vacances, jouer au volley avec nos amis, danser, nager, faire de la gymnastique,  courir avec nos copains et nos copines, jouer à « Loup touche-touche », jouer à la bête et courir dans tous les sens, jouer à « Tataouine coiffure » sortir plus d’une heure, sortir plus d’une fois, sortir tout le temps, se voir en vrai.

On pouvait serrer la main des marchands, on ne remerciait pas les postiers et les éboueurs, personne n’applaudissait à vingt heures.

Je me souviens de la ville bruyante, du tunnel de la Croix-Rousse qui faisait du bruit, du marché de la Croix-Rousse, des vide-grenier, des passages cloutés, des pigeons qui mangeaient tout et n’importe quoi, des innombrables crottes de chien et de ma voisine qui ne ramassait pas les crottes de son chien, de ma voisine très énervante qu’heureusement je ne vois plus, des grandes balades dans la rue quand il faisait beau, de la vraie tête des gens.

Je me souviens que l’école était ouverte.

Je devais me lever tôt, je me réveillais à sept heures du matin, je prenais le bus pour aller à l’école, je me souviens du chemin de l’école.

J’avais mes petites habitudes à l’école : je montais sur la grille, je passais la porte de l’école, je jouais à la récré avec mes copains, nous récitions des poésies, on écrivait la dictée, mon amie me soutenait.

Je me souviens de mon cartable, de mon petit bureau chéri, de mon classeur ; la classe était en bazar.

Je me souviens de la petite cour, il y avait beaucoup de monde dans la cour. Je me souviens des cris dans la cour.

Je pensais passer mon anniversaire avec mes copines.

Moi, je me souviens de presque rien.

 

Et puis, le 13 mars, on nous a annoncé qu’à partir de lundi 16 mars nous allions être confinés.

 

Ce jour-là, un jour comme les autres, je m’en rappelle encore comme si c’était hier, c’était un jeudi. Le président était venu parler à la télévision à 20h, il venait d’annoncer que les écoles allaient être fermées et toute la population française était mise en « Quarantaine », drôle de mot.

Au moment où j’ai appris qu’on devrait être confinés, cela ne signifiait rien pour moi, je ne me rendais pas encore compte de ce qui allait se passer.

Puis, mon cœur a commencé à battre très fort ! Mes yeux et mon nez ont commencé à me gratter, alors que je ne pouvais même pas les toucher… Et c’est à ce moment-là que je me suis dit que je ne pourrais plus voir mes camarades de classe avant très longtemps et ça, ça m’a rendue très triste car toutes mes amies vont beaucoup me manquer et ce qui est marrant, c’est que même les personnes que je n’aime pas vont me manquer…

Pour moi cela voulait dire, ne pas aller à l’école, qu’on devait rester chez soi et ne plus trop sortir.La signification du confinement était la perte de mes copains et de tous mes camarades de classe et aussi de rester chez soi sans pouvoir voir qui que ce soit, ni pouvoir sortir. Tout allait fermer mis à part les commerces essentiels. Je ne pourrais plus jouer à loup-touche-touche, loup-bougie etc. avec mes copains et mes copines que je ne reverrais pas.

Le confinement pour moi voulait dire  qu’on ne devait pas trop sortir même si mon papa devait presque tous les jours aller à l’hôpital, c’était aussi beaucoup d’ennui et encore de la tristesse de me séparer de mes proches.

A quoi ai-je pensé je ne sais pas, à qui, à ma famille ! En fait si, j’ai pensé à mes grands-parents, mes tontons, mes tatas, bref ma famille que peut-être je n’allais pas pouvoir voir pendant les vacances!

Je pensais qu’il ne fallait plus s’approcher des personnes sauf la famille. J’ai pensé à ma nounou que je ne verrais plus.

J’ai surtout pensé à mes voisins de 85 et 87 ans, Denise et Jean-Marie. Ils habitent au quatrième étage de notre immeuble. Avec ma soeur, on aime bien descendre chez eux ; ils nous invitent à manger des chips devant la télévision. Il fallait donc éviter de leur rendre visite pour ne pas risquer de leur transmettre le virus. Ça me rend triste de ne plus les voir…

J’ai pensé à l’école que je n’allais pas la voir de sitôt, après j’ai pensé à mes copains à mes copines, à mon amoureux et après comment on allait faire.

J’ai pensé qu’avec le confinement, le virus s’arrêterait ; ça a diminué mais le virus est toujours là. En pensant au confinement je me suis aussi dit que ce serait très long sans copains, sans école, surtout en passant nos journées à faire nos devoirs. J’ai eu aussi très peur d’attraper le virus mais heureusement je ne l’ai pas attrapé.

J’ai pensé aux personnes qui ont et qui ont eu le virus, j’ai pensé aux personnes âgées de ma famille et j’ai pensé aux médecins et au infirmières qui dans les hôpitaux luttent contre le virus.

Je pensais que je pourrais voir mes copines qu’on aurait le droit de sortir et d’aller où on veut.

 

Quand on me l’a annoncé, je me suis sentie perdue.

Le choc était gros mais après, on a repris nos couleurs.

Sur le moment, j’ai bondi au plafond heureuse de ne plus travailler mais quelques secondes plus tard je me suis sentie très triste.  J’étais contente et le lendemain à l’école je l’étais beaucoup moins. J’étais triste.

Je me suis dit qu’il fallait que je profite le plus de ces deux journées avant de ne pas avoir école. Et j’avais hâte de discuter avec mes amies du discours du président et de ce que l’on pensait.

J’étais heureuse car pour moi le confinement c’était être en vacances toute la journée, inviter des copines à faire quelques promenades alors que c’était tout l’inverse.

J’étais tout simplement dégoutée, j’adore sortir même quand il pleut ; pour moi, ne pas sortir de la journée, c’est pas possible…

Je ne sais pas si c’est à cause de l’annonce, le vendredi matin j’avais très mal en bas du ventre et comme ma soeur avait de la fièvre, nous ne sommes pas allés à l’école.

Mon dernier jour d’école c’était le jeudi 12 mars. J’étais triste de ne pas revoir les copains avant le début du confinement. C’est un copain qui m’a rapporté mes affaires de l’école.

Le lendemain matin, à l’ecole nous avons fait une journée normale jusqu’à ce que la sonnerie retentisse.

 

En partant de l’école, je me sentais joyeux et triste en même temps, stressé.

J’étais content, je pourrais passer plus de temps avec mon canapé mais triste car pas avec la famille et les amis.

Je me suis senti tout bizzarre de quitter un lieu que j’aime bien, de quitter mes copains, de quitter mes proches peut-être pendant un an. J’étais triste et c’était très bizarre de quitter l’école comme ça, sans savoir quand je reviendrais.

J’ai ressenti de la tristesse car mes copains et mes professeurs allaient me manquer.

Il y en avait qui paniquaient, d’autres qui se câlinaient. Nous avons fait des au revoir et des petits pleurs.

 

On nous a parlé du coronavirus mais nous, nous avons nos hypothèses sur les vraies raisons du confinement…

Les maîtres et maitresses en avaient marre de donner des cours à des élèves indisciplinés. Tous les professeurs voulaient faire une énorme grève.

Les professeurs en avaient marre car ils n’avaient rien à nous apprendre parce qu’on était des surdoués.

On ne pouvait plus supporter les profs.

Les petites souris menacent de ne plus mettre de pièces sous les oreillers.

Le président a décidé de refaire tous les trottoirs mais le béton n’a toujours pas séché.

Des extra-terrestres qui envahissent notre planète.

On voit trop souvent nos copines.

Pour que les chasseurs ne puissent plus tuer les animaux.

Moins de pollution. Faire respirer la planète.

Le président n’aime pas la foule.

Les rats voulaient remonter.

Les animaux en profitent pour danser dans les villes.

Les fantômes des écoles voulaient faire la fête.

Les Martiens envahissent la Terre parce que la pollution est arrivée sur Mars.

Passer du temps en famille. Connaître son appartement par cœur.

 

Et le 11 mai, déconfinement…

 Quand on me l’a annoncé, c’était à la fois : « Ok, merci, d’accord » et « mais c’est trop cool ! ». C’était partagé : d’un côté, j’avais envie, de l’autre côté, j’en avais marre. Je me suis senti normal, sans émotion. Le 11 mai, je me suis sentie libre mais pas trop parce que, toujours les gestes barrière…

Mais moi, je me suis sentie heureuse !!! J’ai eu envie de sauter dans tous les sens mais je ne l’ai pas fait. C’était génial, je me sentais libre et j’ai eu envie de faire des câlins à tout le monde !  Mais malheureusement, je ne pouvais pas alors, ce que j’ai fait, c’est parler, parler et encore parler jusqu’à être essoufflée. J’ai fait un gros câlin à ma maman.

J’étais heureux : plus besoin d’attestation, on ne reste pas chez nous toute la journée.

J’ai même pris un tambour pour chanter « Je veux partir ! ». En réalité, je voulais aller partout pour ne pas perdre de temps mais ce n’était pas possible alors j’ai arrêté ma manifestation et j’ai fait ma joie en silence. Mais, pendant la nuit, j’ai réfléchi ; on ne pourra plus faire des câlins le matin, plus jouer, encore arriver en retard et ne plus avoir la chaise roulante du bureau. Et là, j’ai eu le bourdon, mais ensuite, j’étais cool.

La première chose que j’ai eue envie de faire, c’était de voir mes copines, aller chez mes grands-parents. J’avais juste envie que ça revienne à la normale, que je voie mes amies que je vois dans les pentes. Je voulais parler avec d’autres personnes que ma famille. Je voulais partir dans plusieurs parcs abandonnés et retrouver mes amis.

J’avais envie de jouer au foot pendant des heures et j’ai joué au foot.

Bon après, j’avais aussi envie de m’acheter de nouvelles sandales mais j’ai bien aimé rester chez moi !

Le 11 mai, la date tant attendue, sauf pour moi car franchement, les contacts humains ne m’avaient pas manqué. La première chose que j’ai eu envie de faire, c’était de ne pas sortir mais on est quand même allés faire les magasins car je n’ai plus de vêtements à me mettre.

La première chose que j’ai eue envie de faire ? Eh bien, sortir énormément pardi ! Même par jour de pluie, j’adore la pluie ! Je suis sortie avec mon papa et ma maman, on est allés sur les quais du Rhône pour voir mais il y avait plein plein de gens et mon père a dit : « ça, c’est du déconfinement ! ».

Le 11 mai, la première chose que j’ai faite, c’est regarder par la fenêtre et là horreur, il pleuvait ! Non, mais sérieux, il a fait beau pendant tout le confinement et là, pile poil quand on est déconfiné, il pleut ! Si je connaissais la personne qui s’occupe de la météo, j’en aurais des choses à lui dire, parce que, franchement, juste le jour du déconfinement ! Je souhaitais faire du roller et retrouver ma famille et mes copines.

La première chose que j’ai faite, c’est comme tous les autres rester tranquille. On n’était pas très joyeux, je ne sais pas pourquoi. J’ai eu envie d’aller voir mes poneys et chevaux chéris mais je ne peux pas les toucher et le poney club était fermé. J’étais triste mais la joie est montée quand ma mère m’a dit que je pourrais peut-être recommencer le poney lundi 18 mai. Alors là, j’étais trop contente.

La première chose que j’ai faite, c’est d’aller chez ma grand-mère.

Au déconfinement, je pensais qu’on pourrait à nouveau faire plein de choses : sortir, inviter des copines, aller à la piscine, faire du bowling mais en fait, c’est horrible. Toutes les activités dehors sont fermées. Moi qui pensait que ça allait être génial mais c’est loin d’être le cas. Moi qui voulais aller à la piscine.

Il ne s’est rien passé parce que, si on peut sortir, c’est bien mais si on ne peut pas aller au cinéma, au restaurant ou dans les magasins… Pour moi, ce n’est pas aller dehors à part pour marcher. J’ai eu envie d’aller au parc. J’ai eu envie d’aller pique-niquer sur l’herbe et bien sûr aller à l’école, retrouver le fil de la vie. C’est comme s’il y avait eu un gros nœud sur notre vie et il s’est enfin défait, et ça, pour tout le monde. On peut enfin retrouver notre liberté.

 

Ils ont été si imaginatifs que leurs écrits se déclinent en quatre petits livres a télécharger, imprimer et plier chez soi.
Tome 1

Tome 2

Tome 3

Tome 4

Tutoriel de pliage

 

Brigitte Smadja

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